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Conducteurs routiers : une profession plus stable qu’il n’y paraît

Contrairement à l’image d’un métier marqué par un important turnover, les conducteurs routiers de marchandises pour compte d’autrui présentent des trajectoires professionnelles relativement stables. C’est ce qui ressort d’une étude du service des données et études statistiques (SDES) du ministère des transports.

Une stabilité supérieure à celle du privé

Parmi ceux qui exerçaient le métier en 2017, 56 % étaient déjà conducteurs cinq ans auparavant et 57 % le sont encore cinq ans plus tard. Cette continuité est nettement supérieure à celle observée dans l’ensemble du secteur privé, où seulement 33 % des salariés occupaient la même profession cinq ans auparavant et 35 % cinq ans après.

Sur la période 2012-2022, les conducteurs étudiés ont exercé leur métier 7,8 années en moyenne sur onze. Plus significatif encore, 30 % l’ont exercé sans interruption pendant toute la période.

Peu de véritables reconversions

Les changements de situation existent, mais ils ne correspondent pas nécessairement à des reconversions professionnelles durables. Ils peuvent traduire une période de chômage, de formation, d’inactivité, un passage au travail indépendant ou encore une sortie temporaire du marché du travail. Le passage à la conduite pour compte propre constitue l’une des évolutions les plus fréquentes : 4 % des conducteurs de 2017 exerçaient dans ce cadre en 2012 et 4 % en 2022. En revanche, aucune autre profession ne s’impose comme une destination privilégiée.

Même le passage du transport de marchandises au transport de voyageurs reste limité, malgré les dispositifs permettant théoriquement ces passerelles.

Les jeunes bougent davantage

L’âge constitue le principal facteur de différenciation des trajectoires. Les moins de 35 ans sont beaucoup plus mobiles : seuls 12 % ont exercé comme conducteurs routiers pendant les onze années observées, contre 39 % chez les 35-49 ans et 36 % chez les plus de 50 ans. Ils n’ont exercé le métier que 6,1 années en moyenne, contre 8,4 années pour les 35-49 ans et 8,6 années pour les plus âgés.

Cette mobilité des jeunes traduit davantage de changements de métier, notamment vers des activités qui ne relèvent pas de la conduite. Elle peut donc constituer un enjeu particulier pour le renouvellement des effectifs : l’entrée dans la profession ne garantit pas nécessairement une installation durable.

Après 35 ans, une forte fidélisation

À partir de 35 ans, la trajectoire devient beaucoup plus linéaire. Près de la moitié des conducteurs de 35 à 49 ans ont exercé le métier au moins dix années sur les onze étudiées. La proportion atteint 47 % chez les 50 ans et plus. Chez ces derniers, toutefois, la situation évolue en fin de carrière : 76 % exerçaient encore le métier en 2012, mais seulement 53 % en 2022. Cette baisse s’explique principalement par les départs de fin de carrière et non par une vague de reconversions vers d’autres professions.

L’étude dessine donc un paradoxe intéressant. Le métier de conducteur routier est globalement plus stable que la moyenne des professions du secteur privé, mais cette stabilité se construit avec l’âge.

Le principal enjeu n’est finalement pas celui d’une fuite massive des conducteurs expérimentés vers d’autres métiers. Il se situe davantage dans la capacité à conserver les jeunes entrants suffisamment longtemps pour qu’ils s’inscrivent dans ces trajectoires professionnelles durables.

Pour les entreprises de transport, cette lecture déplace ainsi la question de l’attractivité : il ne s’agit pas seulement de recruter des conducteurs, mais de comprendre pourquoi une partie des moins de 35 ans quitte plus rapidement la conduite, alors que ceux qui franchissent ce cap tendent ensuite à rester durablement dans la profession.

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