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Congrès OTRE : les transporteurs en quête d’attractivité

L’Otre avait choisi comme accroche fédératrice, pour son 20ème congrès hier à Bordeaux, une phrase quelque peu sibylline « Transport routier : aujourd’hui comme demain, la solution » qui demande quelques explications que l’on retrouve dans les thèmes développés au cours des conférences qui mettent, en effet, en exergue les inquiétudes d’une profession à la croisée des chemins. Le ministre des transports, Jean-Baptiste Djebbari, a rappelé l’utilité du gaz parmi les solutions alternatives au gasoil sans faire aucune annonce.

De toute évidence, le monde du transport routier se cherche un nouvel élan après avoir été encensé lors du premier confinement, puis oublié par l’Etat. Les transporteurs attendaient davantage et plus que de la reconnaissance. Jean-Baptiste Djebbari, ministre des Transports est passé en début de matinée du 4 novembre, pour lancer cette journée de réflexion, avec un discours sans annonce, tout en reconnaissant le rôle essentiel du transport routier et déclarant, en ce qui concerne les énergies, que finalement le GNV était une solution à prendre en considération en même temps que l’électricité et l’hydrogène … reconnaissant de ce fait qu’il valait mieux tenir que courir.

Photo OTRE

La première table ronde « Plan de relance et perspectives pour la profession ? » devait recevoir Alain Griset, ministre Délégué chargé des Petites et Moyennes Entreprises qui a fait faux bond. Restaient sur scène Anne-Marie Idrac, présidente de France Logistique, François Asselin, président de la CPME et Alexis Gibergues, président de l’OTRE qui a rappelé les difficultés inédites apparues au moment de la reprise avec l’augmentation du carburant et de l’AD Blue. Alors que les charges augmentent, il reconnait que les PME du transport n’ont pas les mêmes arguments que les grands groupes lorsqu’il s’agit de négocier des augmentations avec les donneurs d’ordres.

« Comme PME, nous ne sommes pas suffisamment pris en compte. Nous devons définir nos plans d’actions et notre stratégie. Il faut se serrer les coudes car nous dépendons d’une vaste chaine qui comprend les donneurs d’ordres, les clients que nous livrons, nos salariés et finalement les consommateurs, » a exposé Alexis Gibergues qui s’est félicité de la présence et du soutien de France Logistique et de la CPME dont François Asselin, son président, a remarqué que le transport routier n’est pas le seul secteur à connaitre des difficultés structurelles dues à la crise sanitaire. Il martèle « il faut être vraiment costaux pour entreprendre. Un patron, personne physique, ne se sépare jamais de la personne morale. Cela forme un tout indissociable ». Concernant les difficultés de recrutement, il rappelle aussi que le problème est identique, entre autres, dans la restauration, l’industrie ou les métiers de services à la personne. Les salariés sont plus exigeants et l’épisode Covid en a fait réfléchir certains sur le sens à donner à leur vie.

Photo JY Kerbrat

Lorsque le sujet de l’évolution énergétique a été présentée, l’un des adhérents a exprimé son ras-le-bol « Je joue le jeu et j’ai trois camions qui roulent au gaz. Au bout du compte, ça me coûte de l’argent. Les véhicules coûtent 15% plus chers à l’achat que les mêmes roulant au gazole, le coût d’exploitation augmente de 12 % et en plus, il est compliqué de faire le plein. Je suis convaincu, mais si l’énergie transitoire doit être le gaz, il doit y avoir des efforts d’investissements dans les infrastructures. Cela devient insupportable ».

L’autre sujet qui inquiète se cristallise autour de l’image de marque de la profession et les difficultés de recrutement auxquels les transporteurs font face. L’AFT a présenté une étude, bientôt publiée, qui met en évidence l’évolution des mentalités. Visiblement, les jeunes professionnels veulent limiter les contraintes afin de privilégier leur vie personnelle. Ils recherchent également les entreprises qui accordent une plus-value en matière de protection sociale. Il y a donc moins d’amateurs pour les « découchés » qui pourtant améliorent sensiblement la rémunération dont on a également entendu parler tout au long de ce congrès. La profession n’est pas contre discuter des revalorisations lors des prochaines négociations qui auront lieu d’ici la fin de l’année. Mais là encore, les entreprises dégagent de faibles marges et à ce moment-là, il faudra bien que les donneurs d’ordres (ou les consommateurs) mettent la main au portefeuille. Est-il vrai, comme on l’a entendu, que les salariés choisissent leur entreprise, et non le contraire ?

Hervé Rébillon
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