Le CLEPA, l’association professionnelle regroupant les équipementiers européens sonne à son tour le tocsin en raison des « perspectives sombres pour les fournisseurs européens de l’industrie automobile ».
Le CLEPA mentionne tout particulièrement le niveau élevé d’incertitude avec une chute des revenus anticipés par 60% des industriels du secteur pour les 12 prochains mois (selon une étude McKinsey pour le CLEPA auprès de 120 équipementiers). Pire : 38% de ceux-ci envisagent que l’exercice 2024 soit déficitaire (ils n’étaient que 25% à le penser fin 2023).
Les perspectives comptables pour 2025 ne montrent guère d’améliorations selon le CLEPA. Cette baisse des revenus est liée à la fois à l’attitude des acheteurs (constructeurs) et à la perte de compétitivité des entreprises (hausses des coûts conjugué à la baisse des volumes -cette dernière étant une préoccupation majeure pour 80% des équipementiers interrogés-).
La chute de la demande du côté des constructeurs et la perte de compétitivité européenne sont vues comme des préoccupations majeures (70% des sondés). Quant aux objectifs d’électrification à marche forcée, elle semble contredite par les faits. En conséquence de quoi, 65% des fournisseurs s’attendent à ce que la part de marché des véhicules électriques demeure sous la barre des 50% du volume total des immatriculations toutes marques en 2030.
« Les équipementiers ont le pouvoir d’innovation pour conduire la transformation des mobilités, mais les pressions sur les prix les contraignent à réduire les effectifs et à fermer des usines. Pour protéger les emplois, stimuler la compétitivité et accélérer la transition numérique et écologique, nous avons un besoin urgent d’un recalibrage de la règlementation » conclut Benjamin Krieger, Secrétaire général du CLEPA. Ce n’est pas une surprise de découvrir que la construction d’un écosystème européen de batteries et de semi-conducteurs sont perçus comme les principaux domaines d’investissements. Des demandes pour la création de logiciels en open-source et l’accès plus facile aux financements sont également mentionnées dans l’étude.

Un problème systémique aux racines politiques
L’étude du CLEPA révèle également que près d’un tiers des équipementiers interrogés (29% exactement) signalent que les faillites des fournisseurs de rang 2 ou l’abandon du secteur automobile pour d’autres impacte leurs opérations industrielles (ce point n’était évoqué que par 16% du panel l’an dernier). La chute de compétitivité et de perspectives de croissance en Europe amène certains d’entre eux à envisager des investissements prioritaires aux USA (25% du panel) voire en Asie (22% des 120 entreprises interrogées).
Les plans d’électrification semblent rattrapés par le principe de réalité et moins de 50% des équipementiers prévoient une croissance des véhicules à batteries pour 2025 (tous véhicules confondus). Le prix de ces véhicules étant perçu, à 81%, comme la cause de mévente. Les annonces successives de licenciements ou de fermetures d’usines chez Bosch, Continental, Magneti Marelli, Michelin, Schaeffler, Valeo, ZF confirment ce contexte morose (pour ne pas dire délétère).
L’étude McKinsey pour le CLEPA est, hélas, conforme avec l’alerte lancée dès septembre 2024 par la FIEV (fédération française des équipementiers de l’industrie automobile) qui alertait plus clairement encore sur l’avantage compétitif dont dispose la Chine dans la perspective de l’électrification des véhicules neufs. Depuis 2019, la filière française des équipementiers a vu son chiffre d’affaires baisser de 10.1% et ses effectifs fondre de 17%. La FIEV rappelant que la politique d’achat à bas coûts de certains constructeurs[1] « entraînerait une destruction totale et irréversible d’une grande partie du tissu de fournisseurs en Europe de l’Ouest », la FIEV évoquant littéralement un contexte « de guerre économique ». La « destruction créatrice » tant vantée par certains politiques se revendiquant du camp progressiste en France comme à la Commission ou au Parlement européen est clairement davantage destruction que création.
[1] Le groupe automobile de droit Néerlandais Stellantis n’est pas cité mais clairement visé puisqu’il a annoncé clairement une politique d’achats uniquement tournée vers le « best-cost-country ».
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