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Congrès FNTR : la troisième révolution industrielle bouscule le TRM

Le 73ème Congrès de la FNTR organisé à Montrouge a décliné les grandes tendances du TRM à court et moyen terme. Les vents économiques et sociétaux qui soufflent sur le secteur ne sont pas mauvais. Loin de là. Intelligence artificielle, révolution numérique, “big data”, véhicule autonome, nouvelles énergies ; la troisième révolution industrielle est en marche. L’économiste Nicolas Bouzou a expliqué que l’innovation devait servir à quelque chose et faire sens au plan managérial, dans les nouvelles relations au travail. Encore faut-il que les pouvoirs publics puissent garantir un environnement stable aux entreprises et fassent preuve de pédagogie. Au delà des dossiers européens en cours de négociation à Bruxelles (Paquet mobilité),  le président de la FNTR, Jean-Christophe Pic, a exhorté la ministre des transports à refuser toute fiscalité supplémentaire quelle que soit son assiette et son champ géographique.

Les transporteurs routiers ne sont pas en train de rêver. « Nouveaux souffles », le thème choisi pour le 73ème congrès de la FNTR, est venu le souligner avec force. Le secteur a bel et bien entériné sa mue, porté par des tendances économiques et sociétales sans précédent. Une mutation radicale qu’il convient de comprendre avec discernement si les entreprises ne veulent pas râter le virage de la troisième révolution industrielle. « L’innovation dans le TRM doit servir à quelque chose, a expliqué l’économiste Nicolas Bouzou, fondateur du cabinet Asterès. Elle doit faire sens et être au service du progrès. » C’est que la troisième révolution industrielle qui touche le transport – au même titre que le secteur de la santé – se caractérise à la fois par une mutation et une convergence technologique entre le numérique, la robotique et l’intelligence artificielle. Elle comporte trois caractéristiques  : un rythme d’innovation rapide, un niveau d’investissement fortement capitalistique puisque l’économie de la connaissance est beaucoup plus coûteuse que l’économie du pétrole, et enfin des économies à rendement d’échelle croissants (oligopolistiques). «Derrière l’intelligence artificielle, on retrouve des algorithmes, a ajouté Nicolas Bouzou. L’efficacité du camion autonome ce sont les données, le « big data ». Certes, la technologie modifie le travail mais le travail et la technologie sont complémentaires. Grâce aux camions autonomes, les chauffeurs pourront réduire le temps de conduite et faire autre chose. Les flottes de véhicules seront plus fluides. Seul bémol, cela coûtera plus cher car il faudra compter avec de l’investissement public et privé.»

L’emprise de Bruxelles

Le TRM est dépendant d’une réglementation européenne dense, complexe et souvent contre-productive car elle peut être facteur de fraude et de concurrence déloyale. Aujourd’hui, le secteur est régi par 20 textes qui sont regroupés dans trois paquets. «L’Union européenne travaille en faveur de règles justes pour tous, a expliqué Francesco Gaeta, secrétaire général adjoint des Affaires européennes. Il y a une forme d’urgence à agir mais on a toujours un temps de retard car l’innovation dans le contournement de la règle va très vite. En outre, le “big data” est un enjeu économique et sociétal. » C’est la raison pour laquelle l’Union européenne travaille sur quatre champs précis : le chauffeur de façon à créer un  cadre pour le chauffeur européen, un véhicule plus sûr, des infrastructures intelligentes et un environnement sain et bien régulé. « Seul bémol, les questions liées la capture de la norme ne sont pas résolues en matière d’intelligence artificielle », a convenu Francesco Gaeta. Dit autrement, entre la Chine et les Etats-Unis, il est difficile de savoir si une norme européenne pourrait voir le jour.

Regain de dynamisme économique

L’enquête annuelle réalisée par  la Banque de France Nord-Pas-de-Calais fait état de signaux économiques encourageants en 2017.  « Depuis 2012, la filière TRM retrouve du souffle » s’est félicité Stéphane Latouche, le directeur régional Nord-Pas-de-Calais de la Banque de France. En tendance, une entreprise sur deux n’existait pas il y a huit ans. On compte une défaillance pour trois créations. Deux entreprises sur trois ont enregistré une hausse de leur chiffre d’affaires en 2017. Trois entreprises sur quatre sont bénéficiaires. Dans les faits, le TRM a connu un taux de croissance des créations d’emploi de + 7,3 % en 2017 par rapport au nombre d’entreprises à fin 2016. En contrepoint, le taux de croissance des défaillances se situe à + 2 ,8%. Il faut noter que le taux de croissance du chiffre d’affaires est de +5,4 % dans le TRM contre 4,3 % pour l’ensemble des branches de l’économie. Reste que la hausse de l’activité du secteur s’est accompagnée d’une érosion de la marge d’exploitation. « L’effet gazole équivaut à 0,6 point de taux de valeur ajoutée perdue », a déploré Stéphane Latouche. En outre, le CICE a rapporté en moyenne 1600 euros par salarié. Le résultat net se situe à 2,2 % dans le transport routier contre 11,1 % dans le secteur des services. Enfin, 75 % des entreprises ont une capacité de remboursement très satisfaisante. « En définitive, on note une belle dynamique malgré quelques clignotants sur la profitabilité », a résumé le directeur régional de la Banque de France Nord-Pas-de-Calais.

 

Renforcer la pédagogie

« Il faut que les pouvoirs publics fassent la pédagogie des allégements de charges sociales, a assuré l’économiste Nicolas Bouzou. L’Etat doit aussi décliner une prévisibilité à long terme dans le contexte de dérèglement climatique qui est le nôtre. Force est de constater que le débat sur l’écotaxe dure depuis dix ans en France». En réalité, le travail réalisé par les entreprises de TRM depuis 2008 est considérable. Il a été synthétisé par la FNTR dans un livre intitulé « 10 ans de mutations / document de travail ». « Les entreprises du TRM ont fait preuve d’une résilience sans précédent et ont traversé la crise, a affirmé Florence Berthelot, déléguée générale de la FNTR. Reste que le TRM est identifié aujourd’hui comme un secteur en tension de recrutement. Le bilan de l’initiative Tremplin, un an après son lancement par les fédérations professionnelles (FNTR, Union TLF, OTRE, Unostra, FNTV, CSD) avec le soutien de l’AFT et Pôle Emploi, est encourageant. « La demande ne fait qu’augmenter pour des postes de conducteurs, d’exploitants, de caristes et de commerciaux”, s’est félicitée Florence Berthelot.

Les défis majeurs d’un secteur jeune

A l’évidence, le transport et la logistique peuvent se targuer d’être un secteur jeune. « Nous avons vu dans l’étude de la Banque de France que 63 % des chefs d’entreprise ont moins de 50 ans, a exposé le président de la FNTR, Jean-Christophe Pic. La création d’entreprises a connu un essor sans précédent ces deux dernières années. On ne peut que se réjouir de voir les jeunes générations se lancer dans nos métiers avec enthousiasme et détermination. » Réélu le 15 octobre à la présidence de la fédération pour un mandat de trois ans (2018-2021), Jean-Christophe Pic n’a pas manqué de détailler son credo devant la ministre des transports, Elisabeth Borne. « Il est insupportable de voir un secteur économique comme le nôtre, pointé du doigt au motif que nous serions des pollueurs, des destructeurs de route voire même des dangers publics en matière de sécurité routière. Tout cela est faux », a-t-il martelé. Avant de scander son opposition à toutes formes d’écotaxes régionales, rabot ou suppression de la ristourne, et surtout à la vignette. « Nous avons fait la proposition simple et non coûteuse pour l’Etat que les 4 centimes consentis en abandon de l’écotaxe « portiques » en 2014 soient identifiés comme la contribution directe aux infrastructures, a convenu Jean-Christophe Pic. Quand on sait que la fiscalité sur le litre de carburant va encore augmenter de 7 centimes au 1er janvier prochain, sur tous les usagers de la route, hors carburant professionnel, auquel nous sommes très attachés, on se dit qu’il y a forcément là de quoi financer la régénération et la modernisation de nos routes et ouvrages d’art. »

Retrouvez l’intervention de Elisabeth Borne, ministre des transports