EDITO HERVE REBILLON

EDITO de Hervé Rébillon : Flexis, chronique d’un enthousiasme trop pressé

Sur le papier, Flexis incarnait tout ce que l’industrie européenne voulait croire d’elle-même : audace, coopération et avenir électrique. Créée il y a deux ans par Renault, Volvo Group et CMA CGM, l’entreprise ambitionnait de concevoir le véhicule utilitaire électrique de demain. Un projet à la croisée de l’innovation industrielle et de la transition écologique. Mais aujourd’hui, la promesse s’est fissurée. Des trois fondateurs, seul Renault tient encore la barre. Volvo et CMA CGM ont quitté le navire, laissant derrière eux une question dérangeante : l’industrie a-t-elle confondu vitesse et précipitation ?

L’enthousiasme était grand. Les trois groupes tablaient sur un triplement du marché européen des utilitaires électriques d’ici 2030. La réalité, elle, s’est révélée plus têtue. En 2025, la part de marché de ces véhicules n’atteint que 11,2 %, tandis que le diesel, que l’on disait condamné, domine toujours avec plus de 80 % des ventes. Ces chiffres ne traduisent pas un retard technologique ; ils racontent une transition plus complexe que prévu, freinée par les coûts, les infrastructures et les contraintes opérationnelles des professionnels.

Le changement de ton est venu de l’intérieur. Depuis la prise de fonctions de François Provost à la tête de Renault l’été dernier, le discours s’est fait plus prudent, presque lucide. Les divergences entre partenaires se sont accentuées, au point de nécessiter une médiation. La belle union industrielle célébrée deux ans plus tôt n’a pas résisté à l’épreuve du réel.

Renault se retrouve désormais seul aux commandes … et seul face à la facture. Le rachat des parts de ses anciens partenaires devrait coûter plusieurs centaines de millions d’euros, une somme déjà provisionnée dans ses comptes. Au-delà du coût financier, c’est un pari industriel qui se rejoue. Renault doit désormais prouver que Flexis peut survivre sans l’élan collectif initial.

Cet épisode dépasse le seul cas de Flexis. Il révèle une vérité comme presqu’inavouable : la transition vers l’électrique, aussi nécessaire soit-elle, ne se décrète pas. Elle se construit, lentement, au rythme des usages, des infrastructures et des équilibres économiques. L’erreur n’est pas d’avoir cru en l’avenir électrique, mais d’avoir sous-estimé le temps nécessaire pour y parvenir.

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