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Et si la décarbonation se jouait davantage à Bassy qu’à Shanghai ?

Lors de la journée d’échanges organisée en Haute-Savoie co-organisée par GRDF et Mégevand Frères, il a été abondamment question de décarbonation. Mais aussi de valeur ajoutée locale.

Le bonheur énergétique serait-il dans le pré ?

La Direction régionale Sud-Est de GRDF a invité les anciens membres du collectif Equilibre, et un public d’entrepreneurs et de personnalités politiques de Haute-Savoie (sénateurs et députés), au retour d’expérience issu d’une décennie de transition énergétique sur ce territoire. Pour l’occasion des agriculteurs (Patrick Rammet, éleveur à Bassy, associé dans la société Biométha’Verne), des transporteurs (Frédéric et Pascal Mégevand, Transports Mégevand Frères), des chargeurs (Denis Brisepierre, Responsable logistique du groupe Maped) et des énergéticiens (Matthieu Eberhardt, responsable développement de Méthagora, Etienne Richon Chef de projet développement GNV/bioGNV cher GRDF Direction Sud-Est), sans oublier Richard Lecoupeau du cabinet 2C Ingénierie ont fait le point.

Etienne Richon Chef de projet développement GNV/bioGNV chez GRDF Direction Sud-Est se réjouit « d’une filière biométhane très dynamique en France ». Il évoque les 800 méthaniseurs actifs, injectant 15TWh de gaz « qualité réseau » (soit plus de 98% de pureté). « Cela correspond à l’alimentation en gaz de 3.5 millions de foyers, ou de 60 000 bus urbains » enchaîne-t-il. Autre motif de satisfaction : les 1000 projets à raccorder d’ici à 3 ans, correspondant à 16TWh supplémentaires ! Pour le seul Rhône-Alpes, cela représente 1Twh. Il compare les parcours de la France et de l’Allemagne : celle-ci est partie en premier, mais a choisi de privilégier des grosses exploitations en cogénération énergétique. « Depuis mai 2025, la France est le 1er pays d’Europe en matière d’injection de biométhane dans son réseau ».

Matthieu Eberhardt, responsable du développement de Méthagora évoque l’éloignement fréquent des sites de cogénération des réseaux GRDF. La fin des premiers contrats avec garanties de rachats ouvre une opportunité pour une contractualisation de gré à gré entre Méthagora, les groupements d’agriculteurs et des consommateurs industriels. Sur les sites pionniers, il peut être intéressant de passer de la production de biogaz vers le biométhane, même si, selon ses propos « convertir un site de cogénération en injection, c’est un projet dans le projet. Cela implique de changer les process (…) de doubler les investissements en plus du travail juridique ». Patrick Rammet, de la société Biométha’Verne confirme par son expérience que « par rapport à la cogénération, passer en injection c’est un zéro de plus sur les investissements ».

De l’élevage à l’énergie

Patrick Rammet, éleveur à Bassy (Haute Savoie) raconte son parcours vers l’entreprenariat dans Biométha’Verne, avec six autres agriculteurs. « Nos filières savoyardes vont bien [du fait de la valorisation du lait dans des fromages AOP] mais qu’en sera-t-il demain ? Il y a aussi les interrogations de la société vis-à-vis de l’agriculture. La méthanisation permet, dans un mix énergétique, de (…) répondre à un certain nombre de questions ». Il a rappelé, dans un contexte de suspicion généralisée, que les intrants des méthaniseurs, leurs effluents, et l’épandage étaient tous contrôlés et soumis à une traçabilité stricte. « Un nouveau métier » confie-t-il au passage. Selon divers intervenants, plus de 80% des méthaniseurs actifs en France sont issus du monde agricole. Mais il y a une surprise, qui rapproche le biométhane des autres énergies renouvelables : si la production est ici constante, la demande, elle, fluctue. En particulier entre l’hiver et l’été ! Etienne Richon plaide pour GRDF « la meilleure façon de distribuer le méthane est d’utiliser le réseau ».

Comment désaturer les réseaux ?

Oui, mais que faire lorsque la demande sur le bassin de Bellegarde-sur-Valserine ne consomme plus en été que 80Nm3de gaz alors que Biométha’Verne injecte 200Nm3 ? Pascal Mégevand propose alors une idée singulière : faire du transport routier un mode « d’effacement » de ces volumes orphelins, quitte à bénéficier d’un tarif préférentiel, « les camions pourraient alors servir à la désaturation du réseau ». Cela serait toujours moins coûteux que faire du gaz porté.

Etienne Richon, de GRDF confirme qu’aujourd’hui « on cherche des exutoires qui fonctionnent toute l’année, comme l’industrie et le transport ». Matthieu Eberhardt de Méthagora considère que le gaz porté peut également coûter moins cher que le raccordement de sites éloignés des réseaux GRDF, surtout s’il est mutualisé sur les hubs d’injection. Le modèle serait, là encore, issu du monde agricole avec une tournée de « ramasse » du biométhane produit dans les méthaniseurs isolés. Alors pourquoi pas des stations de ravitaillement bioGNV « 100% locales » alimentant des camions à la valeur ajoutée entièrement européenne ? Toutes les conditions techniques semblent ici remplies.