Le Dialogue stratégique ouvert le 30 janvier dernier interroge les représentants des carburants non fossiles. Esterifrance et France Mobilité Biogaz ont publié le 19 février une note de position commune demandant la révision du règlement européen[1] adopté en juin 2024.
Avec le Dialogue stratégique entrepris le 30 janvier 2025, Ursua Van der Leyer, présidente de la Commission européenne aurait-elle ouvert la boîte de Pandore ? La nature des invités, leur nombre très restreint, et l’absence de publicité des échanges, interroge.
Esterifrance et France Mobilité Biogaz demandent que, dans le cadre de ce Dialogue stratégique, soit également inclus une approche technologiquement neutre de la décarbonation des transports. Aujourd’hui focalisée sur les seules émissions de CO2 du réservoir à la roue, les deux associations demandent que l’on passe à une analyse en cycle de vie. En outre, elles rappellent dans leur note de position commune, que « cette exclusion de solutions pourtant immédiatement disponibles et éprouvées, constitue un frein à la décarbonation du transport lourd en France et en Europe. Il est essentiel qu’elle puisse être levée »notamment lors de l’application de la clause de revoyure fixée pour le moment à 2027. La fin de la note demandant par ailleurs à avancer cette échéance.
France Mobilité Biogaz et Esterifrance ont alerté les pouvoirs publics, par le biais d’un courrier adressé au gouvernement, accompagné de cette note de position. Celle-ci rappelle une évidence : « Les collectivités, acteurs majeurs la décarbonation des transports, seront confrontées à des coûts insoutenables si elles doivent s’orienter exclusivement vers des solutions électriques ou hydrogène. De même, les transporteurs, qui subissent de fortes contraintes économiques, sont confrontés aux défis massifs, techniques et économiques, de l’électrification du transport lourd. Faute d’être en mesure de recourir aussi aux autres énergies disponibles pour se décarboner, collectivités et transporteurs pourraient être contraints de retarder leur sortie des énergies fossiles. » Leur missive sera-t-elle bienvenue ?

Une administration qui fait la sourde oreille
Fait pour le moins étrange, la DGEC aurait demandé à l’IFP Energies Nouvelles (tiers de confiance) une étude sur les émissions des véhicules industriels Euro VI avec différentes énergies, incluant ces énergies renouvelables (bio HVO, EMAG et biométhane). Ce programme coordonné par l’IFP Energies Nouvelles aurait été initié dès 2022 et cofinancé et supervisé avec l’ADEME. Des tests avec de vrais véhicules prélevés sur parc et en condition réelles de circulation ont été menés par des cabinets réputés d’ingénierie. Livré avec un an de retard, ce rapport ne fait toujours pas l’objet de publication. TRM24 peut affirmer que ce rapport a été rédigé et présenté à la DGEC. « On attend que la DGEC publie ce rapport (aucune possibilité d’en parler avant) » confirme un connaisseur du dossier. Pourquoi ce délai ? Les conclusions de celui-ci seraient elles si dérangeantes ? On sait que Daimler Trucks France, avec l’équipementier français SP3H, ont fait la démonstration technique de la reconnaissance du HVO et bioHVO par le système FluidBOX-micro de SP3H dès 2023. Ce système permettrait de reconnaître les véhicules fonctionnant en mode pur HVO, à l’image de ce qui se fait aujourd’hui pour le B100 Exclusif. Là encore, le dossier est au point mort au niveau de la DGEC. Une double inertie qui surprend d’autant plus que ces solutions à base de carburants renouvelables sont plutôt favorables à l’agriculture et à l’industrie française.
[1] Règlement (UE) 2024/1610 du Parlement européen et du Conseil du 14 mai 2024 modifiant le règlement (UE) 2019/1242 en ce qui concerne le renforcement des normes de performance en matière d’émissions de CO2 pour les véhicules utilitaires lourds neufs et intégrant des obligations de déclaration, modifiant le règlement (UE) 2018/858 et abrogeant le règlement (UE) 2018/956.
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