La conférence annuelle de l’IFP Énergies nouvelles est l’occasion de faire le point sur les énergies, et sur les activités de l’institution qui travaille activement sur le sujet du recyclage des batteries. Premier constat : les investissements dans les énergies vertes représentent 2 fois ceux des énergies fossiles. Il a été question aussi de recyclage de batteries et de biocarburants.
Pierre-Franck Chevet, président de l’IFP Énergies nouvelles, a fait le point sur l’actualité énergétique mondiale, la transition énergétique et les programmes de l’établissement public industriel et commercial qu’il dirige. En ce qui concerne les énergies, il confirme la grande volatilité des cours, qu’il s’agisse du pétrole, du gaz ou de l’électricité. Seul point commun : le fait que les prix soient à un palier supérieur à ce qu’ils étaient avant la crise Covid-19 : 80$/baril de Brent contre 64$/b en 2019 ; 34€/MWh de gaz en 2024 contre 14 en 2019 et de 62 à 88€/MWh électrique contre seulement 49 à 51€/MWh avant l’épidémie. Il relève une baisse des investissements dans les activités d’amont pétrolier (exploration, production) de l’ordre de -2%.
Malgré la pression du GIEC et de la communauté internationale pour la réduction des émissions de CO2, la stratégie de l’OPEP entend à l’inverse privilégier l’accès aux énergies fossiles pour les pays en développement, lesquels sont souvent ceux en forte croissance démographique. Même si les engagements des États inscrits aux différentes COP étaient tenus, « on n’est pas dans un monde sans pétrole, y compris en 2050 » et il enchaîne : « Globalement, le CO2 qui nous embête, il est déjà dans l’atmosphère ».
Seule bonne nouvelle : « à partir de 2021, les investissements en faveur des énergies dites vertes se sont accentués. Mais ils sont encore en deçà de ce qu’il faudrait pour atteindre la neutralité carbone ». Ils représentent désormais deux fois ceux dédiés aux énergies fossiles. La Chine, à elle seule, concentre 33% de ces investissements, devant l’Union européenne puis les Etats-Unis d’Amérique. Il note des investissements significatifs dans les réseaux électriques. Un préalable jugé indispensable pour développer les énergies intermittentes (solaire, éolien) et assurer la stabilité des réseaux électriques. Il note aussi quelques changements politiques : « l’Europe a enfin prononcé le mot de souveraineté ». Un sujet devenu hyper-sensible depuis les crises récentes, que ce soit en Ukraine ou avec les mesures protectionnistes. Le directeur ajoute les menaces des déficits publics, de l’inflation et des coûts d’emprunts élevés qui pénalisent le financement de la transition.
Une institution au cœur des sujets environnementaux
Pierre-Franck Chevet a ensuite évoqué les sujets sur lesquels travaille l’IFP Énergie nouvelles : captage et stockage du CO2, recyclage du plastique, des batteries de traction lithium-ion, les biocarburants et produits chimiques biosourcés. Ce fut une surprise de découvrir les travaux de l’IFPEN autour du recyclage des matériaux actifs de cathode nickel manganèse cobalt.
« Le problème du recyclage des batteries LFP fer-phosphate, c’est qu’il n’est pas rentable » résume Arnaud Baudot, directeur du centre de résultats Chimie pour l’industrie à l’IFP Énergies nouvelles. L’expérience en chimie et en catalyseurs est ici mise à profit pour capturer nickel et cobalt.
L’institut mobilise aujourd’hui près d’une soixantaine de chercheurs qui travaillent sur la sélection chimique des éléments contenus dans la black mass, le broyat issu des cellules en fin de vie. Le tout en atteignant une pureté « de qualité batterie ». La société Axens, émanation de l’IFPEN, a décidé fin 2024 de s’associer avec le chinois Changyuan Lico pour créer une usine dédiée à la fabrication de matières actives de cathodes dans les Hauts-de-France. Il y a un enjeu économique, avec un marché du recyclage de la black mass devant représenter plus de 50 milliards d’euros par an d’ici à 2032 ; la cathode représentant par ailleurs plus de 50% du coût de la batterie.
Mais il y a aussi des questions environnementales, particulièrement pour l’hydrométallurgie : il faut en améliorer le rendement d’extraction mais aussi en réduire les pollutions. Arnaud Baudot confirme que les solvants utilisés actuellement dans le recyclage des batteries devraient utiliser d’autres principes actifs biosourcés. Dans les laboratoires IFPEN, pour protéger les personnes, ces produits toxiques sont utilisés « en boucle » et des filtres à charbons actifs en récupèrent et éliminent les ultra-traces résiduelles. Au final, il y a un enjeu stratégique : selon l’indice de criticité géologique développé par l’IFPEN, le cobalt oscille entre 65 et 83%, le nickel à 40% et le lithium à 30%.
Les biocarburants toujours présents
Pierre-Franck Chevet évoque les biocarburants et la tendance actuelle, au niveau politique, à les orienter vers le transport aérien. Jean-Philippe Heraud, chef de projet des biocarburants avancés à l’IFPEN, évoque la maturité de la filière de production des EMAG (alias B100). Les représentants de l’IFPEN rappelant de concert que l’enjeu majeur de la production de ces biocarburants est de structurer les approvisionnements en intrants (80% du coût du HVO) comme en énergie électrique. Pour les HVO, comme les procédés BtL[1] à base de conversion Fischer-Tropsch : « Les retours industriels[2] vont nous donner un gain économique, mais il ne faut pas espérer en diviser le coût par deux » prévient Jean-Philippe Heraud.
Si on prend le gazole hors taxe en base 100, les HVO sont en prix de production à 150 tandis que les BtL à procédés Fischer-Tropsch seraient à 200 voire 250 « selon les charges qui entrent dans le procédé » précise Pierre-Franck Chevet. Quant aux eFuels (programme TakeKair avec EDF et Hynamics comme porteurs principaux du projet) on serait entre 5 et 6 fois le coût du carburant d’origine fossile. Quelle que soit l’option choisie, se passer des énergies fossiles aura un prix.
[1] BtL carburant liquide de synthèse produit à partir de la biomasse.
[2] Le démonstrateur BioTfueL dont le programme s’est achevé en 2021 a donné naissance au projet industriel BioTJet dont la production attendue doit atteindre 110 000t/an de Jet-A1 biosourcé à l’horizon 2028.
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