EDITO HERVE REBILLON

EDITO de Hervé Rébillon : Quand la route se raccourcit, le déclin du long-courrier routier

On savait déjà que les transports longue distance avaient tourné la page de leur âge d’or. Celui des années 1970-1980, des routes du Moyen-Orient, des grandes traversées continentales et d’une mondialisation routière encore en construction. Aujourd’hui, la longue distance se limite pour l’essentiel à l’Europe, et même dans cet espace réduit, elle semble perdre progressivement de sa vigueur.

Les dernières données issues d’une enquête du CNR le confirment sans ambiguïté : l’activité recule de nouveau, dans une tendance qui s’installe dans la durée. Entre 2024 et 2025, l’indicateur de production d’un véhicule qui combine kilométrage annuel et coefficient de chargement a baissé encore de 0,9 %. Ce chiffre, en apparence modeste, s’inscrit en réalité dans une trajectoire beaucoup plus préoccupante : depuis 2019, la chute atteint 7,9 %.

Autrement dit, le secteur ne se contente pas de ralentir. Il s’éloigne durablement de son niveau d’avant-crise sanitaire, sans parvenir à combler l’écart. La reprise tant espérée apparaît incomplète, presque inachevée, comme si les crises successives avaient redessiné de façon structurelle les contours de la demande.

L’évolution du kilométrage est particulièrement révélatrice de cette transformation profonde. Un camion de longue distance parcourait en moyenne 604 km par jour en 2000. Il n’en parcourt plus que 475 en 2025. En un quart de siècle, c’est une contraction massive de l’usage même du transport longue distance, qui traduit autant des mutations économiques que logistiques : relocalisation partielle des flux, optimisation des chaînes d’approvisionnement, fragmentation des lots, et pression croissante sur les coûts et les délais.

Derrière ces chiffres, c’est une forme de basculement silencieux qui s’opère. Le transport routier longue distance n’est plus le moteur expansif qu’il a pu être. Il devient un segment plus contraint, plus court, plus européen, où la performance se mesure moins à la distance parcourue qu’à la capacité d’adaptation à des flux plus morcelés.

Cette évolution interroge. Elle pose la question de la soutenabilité économique d’un modèle historiquement fondé sur le volume et la distance. Elle oblige aussi à repenser les équilibres du secteur : organisation des flux, attractivité des métiers, investissement dans les outils de productivité.

Et pourtant, la crise au Moyen-Orient a de nouveau perturbé les modes de transport, le maritime étant paralysé pour une durée indéterminée. On ne compte pas les norias de camions transportant pétrole et autres pièces détachées. Le camion revit au Moyen-Orient.

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