EDITO HERVE REBILLON

EDITO de Hervé Rébillon : les anciens combattants, une piste crédible contre la pénurie de routiers ?

Face à une pénurie de conducteurs qui ne cesse de s’aggraver, toutes les pistes méritent d’être explorées. Et si l’une d’entre elles venait des casernes ?

Il fut un temps où le service militaire constituait l’une des principales voies d’accès au permis poids lourd. L’armée formait chaque année des milliers de conducteurs, dont certains poursuivaient ensuite leur carrière dans le transport routier. Cette passerelle naturelle a largement disparu avec la professionnalisation des armées, mais l’idée n’a peut-être pas dit son dernier mot.

Le sujet revient aujourd’hui sur le devant de la scène, porté cette fois par Donald Trump. Le président américain entend réserver davantage d’emplois de conducteurs aux anciens combattants, tout en facilitant la conversion de leur expérience militaire en permis de conduire commercial. Son objectif est double : réduire le recours aux conducteurs en situation irrégulière et offrir une nouvelle perspective professionnelle aux vétérans déjà formés à la conduite de véhicules lourds.

Au-delà des considérations politiques propres aux États-Unis, cette initiative soulève une question qui mérite d’être posée ailleurs : pourquoi ne pas mieux valoriser les compétences acquises sous l’uniforme ?

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon le dernier rapport de l’IRU, près de 2,9 millions de postes de conducteurs restent vacants dans 18 pays, soit 11 % des effectifs. Une situation qui fragilise toute la chaîne logistique et menace la compétitivité des entreprises de transport.

Les anciens militaires présentent pourtant de nombreux atouts recherchés par les transporteurs : maîtrise des véhicules lourds, discipline, sens des responsabilités, gestion du stress et respect des procédures de sécurité. Autant de qualités qui correspondent aux exigences du métier.

Bien sûr, cette solution ne suffira pas à elle seule à résoudre une crise structurelle. La pénurie de conducteurs est aussi la conséquence de conditions de travail parfois difficiles, d’une image vieillissante de la profession et d’un manque d’attractivité auprès des jeunes générations. Recruter des vétérans ne dispense donc pas de poursuivre les efforts sur les salaires, les conditions d’exercice, la formation ou encore la qualité de vie au travail.

Mais dans un contexte où chaque conducteur compte, il serait dommage de négliger un vivier de compétences déjà disponible. Encore faut-il mettre en place des passerelles administratives simples, reconnaître les qualifications acquises dans l’armée et accompagner efficacement les reconversions.

La route manque de chauffeurs. Peut-être est-il temps de regarder du côté de ceux qui ont déjà appris à conduire au service de leur pays.

Toute l’info transport, au bon moment dans votre boîte mail

Choisissez votre/vos newsletter(s) :

Vos newsletters

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *