Si la présence des constructeurs de véhicules industriels chinois (utilitaires, poids lourd, car et autocar) se fait de plus en plus manifeste sur des salons comme IAA, Solutrans ou la Bauma, qu’en est-il de leur réalité commerciale en termes d’immatriculations sur le marché français ? TRM24 a fouillé dans les chiffres AAA Data des quatre premiers mois de 2025.
Si la présence des marques chinoises se fait de plus en plus forte sur des marchés comme la Russie ou lors de salons comme l’IAA Nutzfahrzeuge de Hanovre ou à la Bauma de Munich, qu’en est-il de leur présence réelle en France ? Les chiffres AAA Data publiés pour les 4 mois 2025 donnent une vision objective de leur présence.
Il convient toutefois de nuancer : certaines marques « européennes » sont en fait d’authentiques chevaux de Troie pour l’Empire du Milieu. On pense ici tout particulièrement à Quantron ou Ebusco (qui a placé 12 immatriculations de son modèle 3.0 entre janvier et avril 2025 notamment pour le marché de Rouen Métropole). Plus fâcheux est la complicité de marques comme Scania qui ont fermé leurs sites d’assemblages européens de véhicules complets (gammes Scania Citywide et Interlink) en faveur de modèles fabriqués en Chine par le carrossier-constructeur Higer (Scania Touring -à concurrence de 13 exemplaires de janvier à avril 2025- pour le tourisme, Fencer 1 urbain, Fencer 6 interurbain et scolaire).
Les marques chinoises prisent l’électrique
Une constante est l’implication des marques chinoises sur le marché des véhicules électriques. C’est un moyen pour elles de court-circuiter l’expérience et la réputation des marques européennes en matière de motorisations traditionnelles. Cela a commencé par les autocars et autobus urbains. Ceci s’explique par l’avance de phase de ces marchés autour de l’électrification (dont le surcoût est payé par le contribuable).
L’électrique est un vecteur d’image, et certains comme Windrose Technology l’ont bien compris. La firme vise en priorité la Chine et le continent Nord-américain en raison du choix fait en faveur d’un tracteur 3 essieux aux faux-airs de Telsa Semi. Cette silhouette, et la longueur qui y est associée, constitue pour l’un comme pour l’autre de ces tracteurs une limite majeur à une entrée massive en Europe continentale. Windrose Technology communique abondamment sur les réseaux sociaux et a recruté d’anciens responsables commerciaux de Ford Trucks France.

La présence de Sany en France (9 immatriculations entre le 1er janvier et le 30 avril 2025) se fait grâce à l’achat des pompes à béton et toupies Putzmeister par le groupe Chinois intervenu en 2012. Sany mise précisément sur l’électrique pour entrer, grâce à la vignette Crit’Air Electrique, dans les périmètres de ZFE-m les plus restrictives (Paris, Nice et Lyon en tête). La force du groupe vient ici d’une offre intégrée entre châssis et carrosserie. Une démarche originale.
Même schéma pour les autobus urbains. Nous avons mentionné précédemment Ebusco (officiellement néerlandaise, mais dont la production vient de Chine) mais il convient aussi d’évoquer Yutong qui fait de l’électrification un outil de pénétration pour la France. Le spécialiste chinois des véhicules de transport en commun communique abondamment via les réseaux sociaux et a immatriculé selon AAA Data 1 exemplaire du midibus Yutong E9 au cours du 1er quadrimestre 2025. Mais la marque propose l’autocar Yutong ICe12 depuis plusieurs années. Si les « belles années » du partenariat avec Dietrich Carebus Group apparaissent lointaines, l’offensive produit de la marque, et sa présence massive au salon FIAA de Madrid en 2024 confirment l’intérêt que voue le groupe à l’Europe. Pour sa part, la très médiatique BYD s’allie aux carrossiers-constructeurs Alexander Dennis Limited ou à l’espagnol UNVI au gré des besoins et appels d’offres. Bref, la présence commerciale chinoise est protéiforme.

Les utilitaires en embuscade
Dans les données AAA Data, pour les 4 mois de 2025, on relève 199 utilitaires légers Maxus. La marque ne vous dit peut-être pas grand-chose, mais elle appartient au géant SAIC (le groupe qui a racheté ce qui pouvait l’être de feu MG-Rover en 2005).
DFSK, qui est né de la fusion entre Dongfeng et Sokon intervenue en 2003, est crédité de 198 unités du modèle EC35 qui entre dans la classe des 3t de PTAC. En plus de 3.5t, il faut relever que les utilitaires lourds à cabine avancée sont une spécialité asiatique, née au Japon (Fuso, Isuzu Trucks, etc). Il était logique que la Chine s’intéresse à ce marché, important en Asie. Mais cela permet aux marques chinoises de se différencier des européennes demeurées fidèles aux cabines semi-avancées (exemple typique : l’Iveco Daily). En outre, si l’on considère certaines évolutions comme le JAC i75 on ne peut que constater leurs améliorations rapides permettant d’offrir un avantage concurrentiel net face à des modèles établis mais plus « figés » dans leurs définitions techniques (on pense ici au Fuso eCanter dont les batteries de traction demeurent encore à l’extérieur des longerons). Pour le moment, la menace apparaît limitée, avec 3 immatriculations du châssis JAC N721 enregistrées dans les données AAA Data. Attention, les succès de la firme chinoise ailleurs dans le monde, et les préparatifs très avancés de déclinaisons « métiers » en France (bennes à ordures ménagères par exemple) laissent entrevoir de bien plus grandes ambitions.

De nouveaux noms fleurissent
On voit apparaître de nouveaux noms dans les immatriculations AAA Data au cours des 4 mois 2025 comme Jenhoo avec le EV48 conçu pour la livraison urbaine. Derrière ce nom se cache Jiangling Motor Corporation. Autre apparition, tout aussi marginale en volumes mai lourde de menaces : Foton. C’est une des marques majeures du marché chinois et elle est déjà active en Allemagne Fédérale, Pologne et en Turquie via des réseaux officiels de distributeurs. L’immatriculation d’un exemplaire signifie que la marque entend à terme commercialiser en France, en commençant par les utilitaires légers (et des pick-up). Mais ce que l’on a pu voir lors des salon Bauma et IAA 2024 incite, là encore, à la plus grande prudence. Foton dispose d’une gamme complète de camions. Ces nouvelles marques sont nombreuses : si Ankai n’a pas fait parler d’elle en 2025, elle a immatriculé plusieurs exemplaires d’autocars pour city-tours en 2024.

