Le véhicule d’occasion est à la fois le plomb et l’or des réseaux de constructeurs : une charge lorsque les marchés dévissent, et une source de profits quand la production ne suit pas. Renault Trucks a depuis 2020 engagé une véritable stratégie de valorisation de la seconde vie des véhicules servant ses objectifs de décarbonation. Une démarche industrielle qui intrigue nombre de concurrents.
Pas plus onéreux
Avec l’offre Restart, Renault Trucks a voulu en 2020 donner ses lettres de noblesse aux véhicules d’occasion. Pour le client, la promesse de Renault Trucks avec Restart est que « la deuxième vie ne vous coûtera pas plus cher que la première ». Cela comprend les engagements sur la maintenance mécanique, l’amélioration des consommations par rapport au même véhicule neuf (entre -3% et -5% du fait de la mise à jour logicielle de la chaîne cinématique) et une offre de services équivalente à celle du véhicule neuf (garanties, financements, contrats de maintenance).
Il y a derrière cela une véritable démarche industrielle. Elle repose sur le centre de reconditionnement de Saint-Priest (Renault Trucks Used Trucks Factory en français de Start-up nation) sis dans l’ancienne usine d’usinage des ponts et essieux inaugurée en 1970 par Berliet. Il en occupe 7 500m2 dont les deux tiers sont consacrés à la mécanique (soit 11 fosses dont 10 de maintenance et 1 pour les examens initiaux) et un tiers au lavage et à la préparation cosmétique (sous-traitée à des intervenants en résidence permanente ou externalisée à l’atelier de carrosserie de la succursale Renault Trucks de Corbas). Le parc de stockage (800 véhicules maximum) compte 42000m2. Au mois de novembre 2025, il était autour de 38% d’occupation. Cette activité représente 60 emplois et 2000 heures facturées par mois (à raison d’une vingtaine d’heures par véhicule pour la seule mécanique).

L’accroissement de la durée de détention fait changer le modèle économique
Eric Bonnard, directeur marketing Direction véhicules reconditionnés et d’occasion Renault Trucks, part du constat suivant : « la fiabilisation des matériels a fait changer la perception du TCO [ou coût d’exploitation]. Avec une durée de vie des camions s’accroissant, le TCO est un peu challengé sur ce modèle à 3 ans. [le reconditionnement] c’est de l’économie circulaire qui devient rentable pour le transporteur ». Initialement portée par les grands comptes (comme Jacky Perrenot), cette offre commerciale s’est ensuite diffusée dans le réseau au losange.
Pierre Masclet, directeur véhicules reconditionnés et d’occasion Renault Trucks France, est fier d’annoncer que « le taux d’incidents sur Restart est inférieur à celui du neuf ». La proximité physique entre les équipes de la Direction véhicules reconditionnés et d’occasion avec le siège social permet d’échanger avec la Halle du Design (pour le développement des séries T01 Racing) ainsi qu’avec les services achat ou de développement travaillant sur les véhicules neufs.

Le modèle du pneu rechapé en nominatif pur
Le véhicule Restart est normalement restitué au client initial (parmi les pionniers il y a Jacky Perrenot, K&N, XPO Logistics). La direction Véhicules reconditionnés et d’occasion de la marque s’engageant sur un délai de 1 mois pour les travaux. Nos interlocuteurs insistent : l’offre Restart n’est pas un véhicule d’occasion conventionnel, même si elle peut être commercialisée par le réseau comme un VO. Le cahier des charges comprend un examen initial de plus de 200 critères, mais elle ajoute la remise à niveau logicielle, une révision de la chaîne cinématique (l’échange du turbo-compresseur n’est pas systématique sur les véhicules ayant moins de 400 000km, mais l’est au-delà) avec changement des batteries de démarrage, des courroies et galets tendeurs, l’échange en pièces échange standard du filtre à particules ainsi que de tout composant ayant dépassé les 40% d’usure.
De nouvelles offres ont vu le jour : une proposition plus basique, appelée Access se concentrant sur les seules mises à jour mécaniques (30% moins chère que Restart). Ou bien une offre pour les TPE et PME plus valorisante avec la gamme T 01 Racing personnalisable via un passage à l’atelier de conversion C.11 de Bourg-en-Bresse. S’y ajoute l’homologation en B100 Exclusif pour les modèles mis à la route après 2022. À titre expérimental quatre véhicules Jacky Perrenot ont bénéficé d’un deuxième programme Restart. « Le problème est ici le coût de préparation, qui sont plus élevée dans la perspective d’un 3ème cycle d’exploitation » explique Pierre Masclet. Car il y a bien une réalité économique derrière cette démarche.

Valoriser les VO comme la RSE
Outre le client « typique VO », ayant besoin d’un véhicule immédiatement disponible avec un engagement de fiabilité et de service identique au neuf, il y a aussi d’autres cibles : « pour une exploitation à 50 000km/an c’est une offre vraiment pertinente » analyse Eric Bonnard. En loyer mensuel, cela représente une économie de 30% par rapport au neuf. « On peut mixer les offres commerciales entre neuf et reconditionnés pour diminuer les loyers du client » rappelle-t-il. L’offre Restart est un succès : 600 unités recommercialisées entre 2020 et 2023, et 2000 au compteur à fin 2025. Mais Pierre Masclet remet les quantités en perspective : « nous livrons de 100 à 150 camions par mois quand l’usine de Bourg-en-Bresse en assemble 100 par jour ! ». La ressource vient des retours de buy-back, de reprises sur des ventes de véhicules neufs, de l’activité de location (Laudate, alias Clovis Location), des reprises issues de Renault Trucks Financial Services, voire des anciens véhicules de démonstration Renault Trucks auxquels s’ajoutent quelques achats en négoce.
Le réseau France, comme les filiales commerciales à l’export et les grands comptes constituent les débouchés. Pour le réseau, l’offre Restart fait partie des objectifs commerciaux au même titre que les véhicules neufs. En fait, celle-ci a besoin des seconds : pour reconditionner, il faut un gisement ! Le bilan environnemental de cette seconde vie est positif. « La vente de la tonne d’acier est pour nous un échec » évoque Erwann Garnier, le Directeur des opérations à la Direction véhicules reconditionnés et d’occasion Renault Trucks. Les 1500 tracteurs traités par Restart représentent une économie, par rapport à la mise à la route de 1500 tracteurs Renault T neufs, de 1090 t eq.CO2, 27 4000 m3, 1190 MWh et 1000 tonnes de matières premières ! Si ces gains sont directement valorisables en bilan RSE pour le constructeur, ils le sont aussi pour les clients finaux (via les Scope 2 et 3 sur les ressources amont).

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