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Huiles et lubrifiants : transporteurs et garages, tous peuvent contribuer à réduire leur impact

Cyclevia est l’éco-organisme de la filière des huiles et lubrifiants agréé en 2022. Crédit photo : Christophe Meireis.

Les éco-organismes sont des acteurs de premier plan dans la gestion des déchets. Cyclevia, seule organisation de ce type pour la filière des huiles et lubrifiants, est depuis 2022 un acteur grandissant au service des professionnels du transport. André Zaffiro, directeur général de Cyclevia, revient sur les atouts et solutions offerts par sa jeune et active structure.

Les lubrifiants ont depuis 2022 leur éco-organisme : Cyclevia. Expliquez-nous.

André Zaffiro :

« Cyclevia est effectivement un éco-organisme, c’est-à-dire une société privée à but non lucratif créée pour endosser ce que l’on appelle la « responsabilité élargie du producteur », désigné par l’acronyme « REP ». Une expression encore un peu barbare mais qui repose sur un principe simple, celui de « pollueur-payeur ». Concrètement, cela signifie que les producteurs qui mettent sur le marché des produits ont l’obligation de financer et d’organiser leur collecte, leur tri et leur recyclage. Il existe aujourd’hui en France une vingtaine de filières REP couvrant des secteurs très variés comme les produits chimiques, les médicaments, le bâtiment ou encore le textile… Cyclevia est l’unique éco-organisme agréé pour la filière des huiles minérales. Si les lubrifiants sont très présents dans le secteur des transports routiers, d’autres filières présentes un intérêt certain pour eux également. Je pense notamment aux pneumatiques et aux batteries ».

Donc les producteurs de lubrifiant sont désormais aussi au service de l’intérêt général ?

André Zaffiro :

« Oui, l’État les a responsabilisés dans ce sens, car c’est dans l’intérêt de tous d’accéder à une gestion durable de ses déchets. Cela représente un intérêt environnemental d’abord et pour l’ensemble de la population car les huiles usagées sont des déchets dangereux qui peuvent avoir des conséquences sérieuses pour la santé et la nature. Un intérêt économique aussi pour tous les acteurs de la filière car la REP pousse les metteurs en marché à accélérer leur transition et à proposer des produits issus de l’économie circulaire, intégrant dans leurs formulations des huiles de base régénérées par exemple. Des produits aussi moins dangereux et plus facilement triables, recyclables. Avec l’arrivée de Cyclevia, c’est toute la filière qui s’est mobilisée autour des enjeux d’économie circulaire. C’est aussi une façon pour elle de pérenniser son activité car la ressource est limitée. Et comme dans toute activité polluante, il y a aussi un enjeu d’image, il faut être réaliste.

Après 4 ans d’activité, quels sont vos résultats ?

André Zaffiro :

« 4 ans c’est court et pourtant beaucoup de choses ont déjà été accomplies et nos objectifs ont même été dépassés. Aujourd’hui, 400 producteurs adhérent à l’éco-organisme, ce qui représente environ 96% des volumes d’huile mis en marché. Grâce à leurs éco-contributions, qui nous financent, mais aussi à leur partenariat opérationnel dans certaines de nos expérimentations, nous avons vraiment les moyens d’agir.

En aval de la filière, nos actions visent à améliorer la collecte et le recyclage. En 2024, avec 240 000 tonnes d’huiles usagées, le taux de collecte a atteint 58%, soit 5 points de plus que l’objectif fixé pour 2025. Le recyclage est lui aussi sur une courbe très

positive : 87% des huiles collectées sont à présent recyclées. En amont, nous incitons les producteurs, via des études et des soutiens financiers, à développer des produits éco-conçus et plus vertueux. Et en fil rouge, auprès de tous nos publics – les professionnels détenteurs de ce déchet mais aussi les particuliers – nous produisons et diffusons la pédagogie nécessaire à une gestion plus responsable des déchets de la filière. Notre rôle n’est pas de promouvoir la marque Cyclevia, mais de sensibiliser, de porter un message : prendre soin des déchets, bien les trier, bien les stocker, c’est agir concrètement pour l’environnement et préserver une matière première potentielle. Les lubrifiants restent des produits polluants, et chacun, du transporteur au garage, peut contribuer à réduire son impact en assurant un traitement vertueux.

Concrètement, qu’est-ce que cela change pour les professionnels du transport ?

André Zaffiro :

« Depuis l’agrément de Cyclevia en 2022, concrètement, tout transporteur disposant d’un garage intégré ou tout réseau de constructeurs et concessionnaires poids lourds faisant de l’après-vente ne paie plus pour l’enlèvement de ses huiles usagées. Même s’il passe pour cela par des opérateurs privés, c’est bien l’éco-organisme qui finance derrière, jouant pleinement son rôle, partout en France, et levant ainsi un frein majeur à la circularité de ses produits.

Dans cette même dynamique et dans le cadre du développement de son activité opérationnelle, Cyclevia a lancé en avril 2025 « Ma collecte », sa propre solution de collecte et de recyclage. Si la gratuité est bien sûr toujours acquise, notre offre se différencie en ce sens qu’elle garantit le recyclage des huiles et une traçabilité totale, via une application dédiée, de l’enlèvement du déchet à sa livraison en centre de traitement. Ce qui a beaucoup de sens pour un transporteur qui est engagé dans une démarche RSE… Nous en sommes qu’au début, mais les premiers résultats sont prometteurs. »

Cyclevia était présent les 26 et 27 octobre derniers pour les 24 Heures Camions sur le circuit du Mans. Crédit photo : Christophe Meireis.

Pour conclure, expliquez-nous ce partenariat inattendu avec la FFSA et le championnat de France de courses de camions ?

André Zaffiro :

« Pas tant inattendu que ça, c’est au contraire très logique ! Dans le cadre de notre discours de sensibilisation, nous cherchons à toucher notamment un univers bien précis : celui du camion. Le sport est pour cela un levier très efficace. Notre déchet est sale et polluant, et s’y intéresser demande un effort. Alors aborder les choses par la passion et le plaisir, et à des moments où les gens sont détendus et réceptifs nous paraissait un axe pertinent à pousser. C’est ce que nous avons fait en octobre dernier lors des 24 Heures Camions au Mans, avec un corner pédagogique et une borne de collecte. L’évènement a vu passer près de 80 000 spectateurs en 2 jours … C’est pour nous une tribune inespérée ! »