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La Blanchisserie de Paris et Bump font leur grand REX

La Blanchisserie de Paris a confié à Bump la conception, le déploiement et la maintenance de ses installations de recharge de véhicules électriques. Trois mois après, les deux entreprises font le point.

La blanchisserie roule électrique

Comme l’avait révélé la conférence annuelle d’Iveco France début 2025, le secteur de la blanchisserie fait partie des activités les plus avancées dans l’électrification du transport. Nicolas Joyeux, directeur de production de Blanchisserie de Paris, confirme que le sujet de la décarbonation de ces activités figure en haut de l’ordre du jour du Groupement des entreprises industrielles de services textiles (GEIST). Ces métiers sont très gourmands en eau, en gaz naturel mais aussi en électricité.

Le transport, ici en compte propre, représente 33% du bilan énergétique de l’entreprise. Faute de pouvoir agir rapidement sur la production de chaleur liée au traitement du linge, priorité est donnée à l’électrification de la logistique, perçue comme « une clef de voûte de la décarbonation pour Blanchisserie de Paris » selon Nicolas Joyeux. Il confie que ce thème est devenu un projet d’entreprise dès 2023. Le parc compte 20 véhicules (18 porteurs de 7.5t à 19t de PTAC) et 2 utilitaires légers.

L’électrique s’adapte au transport

L’électrification est aussi portée par le besoin d’accéder aux hyper-centres des villes, ainsi que par la réduction des nuisances acoustiques. Car les véhicules fonctionnent en deux tournées : une de soirée, dont les départs s’échelonnent de 18h à 20h (pour des retours de 23h à 0h30), et une seconde dès l’aube avec des retours entre 08h et 10h.

Nicolas Joyeux ne regrette pas son choix, malgré le surcoût des loyers (+50%).  Les deux Renault Trucks D E-Tech ont effectué 15 000 km en trois mois d’exploitation. 14340 kWh ont été délivrés par les chargeurs EkoEnergetyka installés par Bump. Ce qui nous donne 0.956 kWh/km (les véhicules sont carrossés par Giraudon et équipés d’un hayon rabattable Dhollandia).

Une exploitation sans surprise

La moyenne des tournées fait 50 km (soit 100 km/jour par véhicule). Du fait de l’organisation des livraisons, il est possible d’effectuer deux charges. Tom Lyonnet, responsable du marché transport et logistique de Bump, est fier d’annoncer pour son client un taux de disponibilité des chargeurs de 99.61% (nettement meilleur que la moyenne France des IRVE qui était de 75% selon l’AVERE). Chaque session de charge donne lieu à la délivrance de 112kWh.

Larbi Berruineub de Blanchisserie de Paris déclare que les véhicules sont exploités entre 40 et 60% de leur état de charge (SoC). Un régime qui ne devrait pas stresser les 4 packs de batteries à bord (soit 263kWh disponibles dans le SoC). Il confirme aussi, et surtout, que ces véhicules ont été adoptés immédiatement par les conducteurs en raison de leur confort de conduite. Un argument important car Nicolas Joyeux rappelle que le recrutement de mécaniciens et conducteurs est, même en compte propre, un sujet sensible.

Quelle leçon retenir de ces échanges ?

D’une part l’enjeu des délais tant avec les constructeurs qu’avec Enedis, plus longs que ce qui était estimé au départ. D’autre part, grâce à des contrats excellement bien négociés, les économies sont réelles. Nicolas Joyeux évoque 0.09€/kWh constants avec Énergem sur une base contractuelle pluriannuelle. À cela s’ajoute « l’absence de risque de siphonnage ou « d’évaporation » de gazole et la possibilité de ravitailler en temps masqué. »

Pour Bump, la partie était aussi assez facile : le site a accès à du 20 000V et avait déjà un transformateur privé. Mais Nicolas Joyeux était clair dès le départ : « en aucun cas je ne veux avoir un problème électrique qui interfère avec mon activité ». Dès lors, un deuxième point de livraison Enedis avec une armoire dédiée a été nécessaire. Cette seule phase de raccordement peut exiger un délai de 6 à 8 mois. Il a fallu également tenir compte de la configuration du site, ce qui a induit un peu de génie civil (avec des tranchées de type T3) et un raccordement pas parfaitement optimisé entre l’unité de puissance EkoEnergetyka et les îlots portant les prises.

Une consommation au forfait

Comme pour les véhicules (loués auprès de Fraikin), Blanchisserie de Paris a préservé autant que possible ses fonds propres. Plutôt qu’acheter l’installation de recharge, elle a recours à un modèle de consommation au forfait reposant sur 3600kWh/mois sur une durée de 7 ans. Un contrat qui inclut les consommables et la maintenance des bornes. Nicolas Joyeux résume la démarche par cette question : « combien me coûte mon kWh ».

Pour le contact initial, Bump a été mis en relation avec Blanchisserie de Paris via Fraikin. Cela permet d‘avoir ici un seul interlocuteur intégrateur opérateur d’IRVE[1]. D’autres questions surgissent comme l’implantation des bornes à quai ou l’attitude de l’assureur vis-à-vis de la proximité de celles-ci avec le site industriel. Nicolas Joyeux signale à ce propos que le site de Chilly-Mazarin (Essonne) est classé ICPE 2340. Tout n’est pas figé, comme le rappelle Tom Lyonnet. Ainsi les modes de charges peuvent différent suivant la nature des contrats de fourniture électrique, surtout s’il s’agit d’achat aux prix du marché spot. Dans ce cas, il faut privilégier une charge plus rapide. Il rappelle que les prix de l’électricité peuvent varier du simple au double. L’écart sur les coûts d’équipement et d’infrastructure étant également non négligeable (de 33% à 50% du coût global du kWh délivré par l’installation).

Tom Lyonnet, qui rappelle au passage que Bump est partenaire du réseau Renault Trucks, conclut en estimant que « le modèle de consommation et des coûts de l’électricité pourrait évoluer dans les 5 à 10 ans à venir, notamment avec l’apparition du stockage ».

[1] IRVE Installation de recharge de véhicule électrique