Beulas (Espagne), Hess (Suisse), Solaris Bus (Pologne) et VDL Bus Group (Pays-Bas) demandent à l’Europe une révision des règles d’appels d’offres pour les marchés publics.
La préservation des industries européennes
Dans une lettre ouverte, adressée le 8 juin 2026 à la présidence de la Commission européenne, aux Commissaires européens et aux dirigeants de l’Union européenne et de l’EFTA, quatre groupes indépendants (souvent d’origine familiale) ont demandé une révision des règles d’appels d’offres publics. L’enjeu ? La préservation des industries européennes face à la menace chinoise.
Dans la lettre ouverte, il est ainsi rappelé que la part de marché des marques chinoises sur les autobus électriques à batteries a dépassé les 30% (données DVV Media Group GmbH European Bus Data, Rapport annuel 2025). Une part qui devrait encore s’accroître si rien n’est fait. Les quatre groupes européens indépendants à l’origine de la lettre ouverte relèvent que ces sociétés chinoises participent à des appels d’offres publics européens sans que leurs productions ne soient développées ou manufacturées en Europe. Cela est d’autant plus absurde que ces appels d’offres, sur fonds publics, constituent in-fine des transferts d’argent vers la Chine.
Les auteurs dénoncent également une concurrence déloyale bénéficiant d’aides à l’exportation dans leur pays d’origine. Ils ont décidé de lancer cet appel au moment où cette concurrence émerge désormais sur le marché des autocars inter-urbains et des autocars de Classe III (tourisme ou services librement organisés) répondant aux exigences du Règlement CO2 européen ambitionnant 100% de véhicules dits « zéro émissions » en 2035. Une offensive visible jusque dans la liste des finalistes du Sustainable Bus Award 2027.
L’électrique à batteries, le cheval de Troie Chinois
Dans la lettre ouverte, Beulas (Espagne), Hess (Suisse), Solaris Bus (Pologne) et VDL Bus Group (Pays-Bas), rappellent que cette concurrence qu’ils jugent déloyale affaiblit les constructeurs européens, perdant de fait des commandes et voyant s’éloigner la possibilité d’amortir leurs investissements en recherche et développement. Cette difficulté à jouer des économies d’échelle hypothèque également leur compétitivité sur les marchés d’exportation.
Faut-il rappeler le terrible précédent de Van Hool en Belgique ? Le problème vient d’acheteurs publics, comme l’opérateur Flamand De Lijn qui a fait le lit de marques comme BYD ou Yutong au détriment de l’historique groupe Belge. En France, certaines collectivités comme la Métropole Rouen Normandie ont pêché par naïveté en passant d’importants appels d’offres à des sociétés de droit Néerlandais, mais dont la production vient de Chine (Ebusco ayant bénéficié de considérables montants d’aides publiques locales comme nationales).
« La conséquence est une perte d’emplois qualifiés, expertise et indépendance économique dans le domaine du transports de passagers, menaçant la prospérité à long terme de l’Europe » précise le communiqué. Les demandes sont claires :
- Exiger une valeur ajoutée européenne minimale calculées sur l’intégralité de la chaine de valeur dès lors que de l’argent public est engagé dans l’appel d’offres.
- Ajuster les critères d’évaluation dans les marchés publics afin de garantir la préférence pourla fabrication européenne, à la fois pour l’achat direct de véhicules et pour les appels d’offres publics pour l’opérateur, les concessions ou contrats qui nécessitent un suivi dans la durée des véhicules.
- Revoir les normes CO2 et la réglementation Euro VII pour les autobus et autocars. « Les constructeurs européens indépendants de bus sont prêts à investir, mais ont besoin de suffisamment de temps pour développer des produits qui peuvent être compétitifs » précisent-ils.
- Veiller à ce que le plan d’action automobile de l’UE, la loi sur l’accélérateur industriel (Accelerator Act) et la révision du cadre des marchés publics protègent l’industrie européenne de fabrication d’autobus à long terme.
La surprise vient du fait que parmi les signataires, figurent des représentants de pays plutôt adeptes du libéralisme économique. Une preuve de l’urgence à agir pour sauver ce qui peut l’être de l’industrie européenne de l’autocar et de l’autobus.
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