Trevor Milton, fondateur de la firme Nikola mise en liquidation au printemps 2025, s’offre un documentaire pour défendre son image face aux accusations de fraudes qui l’ont concerné. En matière de manipulations boursières, on y découvre également le rôle offensif de Hindenburg Research.
Un milieu de requins
Qui de mieux que soi-même pour clamer son innocence dans cette affaire d’annonces boursières sanctionnées à la fois par la Stock Exchange Commission et le Department of Justice de New York ? Trevor Milton fait témoigner dans le film Conviction or Conspiracy ses proches, sa famille et différents anciens collaborateurs et ex-directeurs de Nikola lui étant restés fidèles pour faire valoir sa bonne foi face aux accusations d’annonces frauduleuses.
Est-il convaincant ? Chacun jugera après avoir visionné le film. Ce qui est sûr c’est que son expérience prouve combien la vie d’une société cotée en bourse (ici au Nasdaq de New-York) peut être dangereuse. Les excès d’optimismes propres au discours des start-up peuvent y être sévèrement sanctionnés, tant financièrement que judiciairement. Après avoir visionné le documentaire, on se dit surtout que Trevor Milton est peut-être tombé dans un milieu de requins plus gros que lui. Parmi ceux-ci : Nathan Anderson, fondateur de Hindenburg Research.
Des Hedge Funds et de Nathan Anderson en particulier
Cette société est un « short seller » : en clair, un fonds vendant à découvert spéculant à la baisse. Selon l’auteur du documentaire, Hindenburg Research aurait empoché 10 millions de dollars US avec son opération sur le titre Nikola. La société voyait la valeur de la part fixée à 267.9 $ en décembre 2019 (date de l’annonce d’accord avec CNH Industrial autour du Nikola Tre). Elle va flamber à 1753.2$ le 30 juin après un sommet à plus de 2000 $ le 1er juin 2020, juste à la veille de son introduction au Nasdaq. De quoi susciter les appétits de ces fonds dits « activistes ».
L’offensive de Hindenburg Research commence le 10 septembre 2020 mais une première alerte a lieu sur la réalité du tracteur à pile à combustible Nikola One via une dépêche de l’agence Bloomberg le 17 juin 2020. L’affaire du film montrant le camion roulant en roue libre puis les déboires avec General Motors et enfin des polémiques sur de supposées agressions sexuelles (un classique de toute « vedette médiatique » semble-t-il) va entraîner la dégringolade du titre (614$ en septembre 2020 et enfin 347$ en avril 2021).
Ajoutez-y les problèmes classiques de tout projet industriel (soucis de ceintures de sécurité et d’incendies sur des packs de batteries) et vous aurez une idée des mésaventures de Nikola. Dans le film, Trevor Milton règle ses comptes avec Steve Girsky, le CEO qui lui succèdera (et sera à son tour remplacé par Steve Shindler). Il se garde toutefois bien de lui donner la parole. Trevor Milton dénonce aussi certains jurés de son procès à New York. Un chevalier blanc de la révolution des transports victime d’une conspiration en somme.
Du monde merveilleux de la bourse
Les annonces entre octobre 2019 et décembre 2019 entre Nikola et CNH Industrial (à l’époque propriétaire d’Iveco avant la séparation intervenue en 2022) ont également profité à cette dernière : cotée 8.78€ en septembre 2019 elle passe à 9.44€ le 30 octobre puis à 9.52€ en décembre 2019. Suivra la chute liée au COVID-19. La séparation entre CNH Industrial et Iveco Group survenue en janvier 2022 a eu un effet sur la valorisation boursière des deux entreprises. En 2023 Iveco se défait de l’accord de co-entreprise avec Nikola en rachetant les parts de celles-ci dans ses activités européennes.
Aujourd’hui, le Nikola Tre est devenu l’Iveco S-eWay avec un développement entièrement effectué par Iveco et FPT Industrial. Son industrialisation est prévue en fin d’année 2025 à l‘usine d’Ulm (ex-Magirus).
Evidemment (auto)centré sur Trevor Milton, le documentaire n’évoque pas cet épisode boursier européen. Le fondateur et ex-CEO se garde bien de toute autocritique et remise en cause. Il compare toutefois avec un certain à-propos le sort différent qui a été réservé entre Nikola et Tesla. Malgré les innombrables annonces et retards qui ont affecté le projet de Tesla Semi, le groupe n’a jamais été inquiété pour les annonces (parfois plus qu’optimistes) de son iconique et clivant dirigeant Elon Musk. La bourse américaine est décidément un monde impitoyable.
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