Le Think Tank Équilibre des énergies présidé par l’ancien ministre des transports Dominique Bussereau a publié ce 18 février 2026 un document intitulé « la décarbonation du transport routier de marchandises ». L’électrique à batteries y tient une place de choix …tout comme les produits chinois.
Le tout électrique privilégié
Le cercle de réflexion Équilibre des énergies, avec le soutien financier de Supply Chain 4 Good, met en avant la compétitivité, dès 2030, des camions électriques à batteries. Une conclusion sans surprise vu l’éditorial de Dominique Bussereau, président de cette structure : « l’électrification des usages est la solution la plus efficace pour parvenir [à la sortie des énergies fossiles] et notre excédent record de production d’électricité ne demande qu’à être mobilisé pour se substituer aux énergies fossiles ».
Dans le document « la décarbonation du transport routier de marchandises », l’analyse de cycle de vie en eq.CO2 met en valeur l’électrique et le HVO100 tous deux à -73%. Hélas, la capture d’écran du site Concawe[2] jointe ne nous renseigne pas sur les paramètres qui ont été utilisés, or ceux-ci peuvent faire varier considérablement le bilan.
Sur le calcul des prix de revient (TCO), la première surprise vient d’une estimation du coût des batteries passant de 280 €/kWh en 2025 à seulement 175 €/kWh en 2030 soit une réduction de -37,5%. Explication selon les auteurs : « il devrait baisser, compte tenu des progrès sur les batteries et de la pression de la concurrence chinoise ». Faute d’explication, on est ici dans l’incantation. Dans le document complet, il est même précisé que « certains (…) comme le Chinois CATL, annoncent déjà en 2025 de telles batteries à un coût inférieur à 100€/kWh. »
Emballement autour des batteries
Équilibre des énergies s’enflamme autour des batteries : « le même CATL a annoncé en février 2026, avec son partenaire Changan, le lancement industriel de la filière sodium-ion aux performances également attractives, notamment en climat froid ».
C’est oublier que ces innovations sont réservées aux automobiles, avec une perte sensible de densité massique et volumique. Un sujet déjà critique avec les accumulateurs montés aujourd’hui à bord des camions. Toujours aussi enthousiaste, Équilibre des énergies envisage une baisse des prix des packs de -57.1% à l’échéance de 2035. Le tableau de prix publié interroge encore bien davantage :

Sans surprise, dans les calculs de TCO, la compétitivité de l’électrique face au gazole se fait grâce au renchérissement de celui-ci via la hausse des taxes (financement des CEE par les « obligés », intégration de SEQE-2 en 2028, fin progressive du remboursement partiel de la TICPE).
Bien sûr, l’électrique gagne dans les tableaux publiés, mais les TCO interrogent : le coût de l’électricité est figée à 0,14€ kWh HT en charge lente au dépôt sur toute la période de 2025 à 2040. Un pari … ce que les auteurs avouent à demi-mot : « très rapidement, le facteur critique deviendra le prix de l’électricité. Les hypothèses prises quant au prix de revient de l’électricité en dépôt ne laissent aucune place pour une hausse éventuelle. » Tout est dit. Notez que la perte de charge utile n’a pas été intégrée pour les véhicules en longue distance.
Il est toutefois précisé après les tableaux que « les calculs de TCO doivent être interprétés avec prudence. Ils sont sensibles à de nombreux paramètres et, à l’intérieur d’une même famille de cas d’usage, des différences dans les prix d’achat et dans les consommations au km influent fortement sur les résultats (…) Des calculs précis, cas par cas, sont indispensables ». Pour le prix de la recharge en itinérance, très pénalisante en l’état actuel pour la longue distance en France, Équilibre des énergies se contente de valeurs communiquées par Milence, à savoir 40 c€/kWh sur voies rapides, un tarif annoncé à 34 c€ pour 2026. Pour la valeur de revente, il a été considéré que la dépréciation d’un modèle à batteries de traction serait égale à celle d’un diesel.
Des chiffrages à la gloire des camions chinois
Équilibre des énergies semble justifier la baisse des prix des véhicules et la compétitivité de TCO des électriques à batteries face au gazole par le recours … aux véhicules chinois.

Les auteurs se font soudainement très prudents et veillent à ne pas offenser les constructeurs européens ayant été interrogés pour cette étude : « si le point de vue industriel ne constituait pas la finalité première de l’étude, il convient néanmoins de garder à l’esprit le développement possible d’une offre de véhicules chinois à des prix très bas qui pourrait mettre en péril une partie de l’appareil industriel européen. La meilleure solution consiste probablement à accélérer le déploiement (…) pour amortir au plus vite les coûts fixes des usines de production et tenter de résister ensuite à la concurrence chinoise. La mise en place d’un contenu local européen minimal ne pourrait aller que dans le bon sens ».
BYD ayant des installations en Hongrie, ou Superpanther (ayant un accord avec Steyr en Autriche) sont potentiellement prêts à lancer leurs productions « made in Europe ». Veillant également à faire plaisir à ses adhérents, et en particulier le groupe Vinci, Équilibre des énergies n’oublie pas de mentionner le potentiel de la recharge en roulant sur les « autoroutes électriques » qui « permettrait de limiter la capacité, donc la masse et le prix des batteries à embarquer ».
Malgré les beaux chiffres présentés, Équilibre des énergies conclut : « cependant, dans les prochaines années et au moins jusqu’en 2030, le soutien apporté au véhicule électrique restera essentiel. »
Document complet à lire ici
[2] https://www.concawe.eu/hdv-co2-comparator/







