SANS DÉTOUR

Tribune de Jean-Philippe Pastre : Décarbonation, de l’absolu et du relatif

Dans les visions de l’UE issues du programme Fit-for-55, on entend par décarbonation les seules options électriques ou pile à combustible. L’objectif de décarbonation des véhicules industriels neufs mis à la route en 2040 est fixée à 90%.

Nous sommes donc ici en présence d’une valeur relative.

Mais cela signifie-t-il que le marché du camion représentera à cette date 327 896 unités de plus de 5t comme en 2024 ? Si l’objectif devait être atteint, cela signifierait 295 106 unités à batteries. Or, la trajectoire actuelle témoigne d’un décollage très lent de l’électrification des véhicules industriels. Nous en sommes à 0.9% en 2024 pour les véhicules de plus de 5t en France avec 1.8% espéré pour fin 2025.

Les menaces fiscales qui pèsent sur le secteur (ETS-2 ou SEQE-2 applicable en 2027, éventuelle fin du remboursement partiel de TICPE, nouvelles redevances kilométriques, etc) sont jugées vertueuses par les comptables des « externalités négatives liées au transport routier ». Car elles sont réputées favoriser (forcer ?) la migration vers l’électrique. Elles sont surtout ver-tueuses de milliers d’entreprises artisanales, PME et ETI qui ne pourront pas franchir le mur d’investissement requis par l’électrification et seront étranglées par ces flambées des coûts d’exploitation des Diesel.

Alors, ce 90% reposera-t-il sur 327 896 unités ou sur la fraction, réduite, de missions compatibles avec l’électrification ? Si l’on considère les navettes industrielles inter-sites et la livraison urbaine (blanchisserie, température dirigée, messagerie), domaines d’application faciles à convertir à l’électrique, cela nous fait, de façon optimiste et empirique, 18.87% du marché.  Et si, à échéance de 2040 les véhicules industriels de plus de 5t ne représentaient plus que 61 873 unités. L’objectif des 90% serait dès lors largement atteint.

Mais qu’en serait-il du transport routier ?

Anéanti.

Qu’en serait-il de l’industrie européenne du véhicule industriel ?

Engloutie.

Lorsque l’on regarde les associations adhérentes à certaines organisations comme T&E, qui regroupe tout ce que l’Europe compte de mouvements hostiles au transport routier, on pourrait penser que ce résultat serait leur réel objectif.