Il fallait oser. Alors que le prix du gazole repart à la hausse et que les entreprises de transport routier de marchandises affrontent une concurrence européenne toujours plus féroce, le gouvernement a trouvé la solution : ne pas leur accorder de nouvelle aide.
Agriculteurs, pêcheurs et entreprises du BTP pourront bénéficier de la quatrième vague de soutien destinée à absorber la hausse des coûts du carburant. Les transporteurs routiers, eux, resteront sur le bord de la route. Comme si leurs camions roulaient au vent …
Le plus inquiétant n’est peut-être même pas cette exclusion. C’est le décalage entre les annonces et la réalité vécue par les entreprises.
Car les aides précédentes sont loin d’avoir été intégralement versées. La première vague, annoncée au printemps, n’a commencé à produire ses effets qu’au cœur de l’été. Sur plus de 11 000 dossiers déposés, moins de 7 000 ont été traités, selon l’une des fédférations. La deuxième vague attend toujours ses premiers paiements et la troisième n’est même pas encore véritablement opérationnelle.
Et pendant ce temps, les entreprises, elles, continuent de payer leur carburant. Chaque jour. Chaque semaine. Chaque mois.
Comment peut-on demander aux transporteurs de patienter quand leurs factures, elles, n’attendent pas ?
Pour justifier cette mise à l’écart, le gouvernement brandit le mécanisme légal d’indexation du prix du transport sur le coût du carburant. Sur le papier, l’argument peut sembler imparable : si le gazole augmente, le transporteur doit pouvoir répercuter cette hausse à son client.
Dans la vraie vie, monsieur le ministre de tutelle, c’est évidemment beaucoup moins simple.
Négocier avec un donneur d’ordre, faire appliquer une indexation, préserver un contrat commercial dans un marché extrêmement concurrentiel : voilà la réalité quotidienne de milliers de transporteurs, notamment des PME et TPE. Une disposition légale ne transforme pas mécaniquement un rapport de force commercial en pouvoir de négociation.
Et le gouvernement le sait parfaitement, puisque des travaux ont justement été engagés pour rendre cette indexation plus efficace.
Il y a donc quelque chose de profondément incohérent à invoquer aujourd’hui un mécanisme que l’on reconnaît soi-même comme perfectible pour justifier l’absence de soutien supplémentaire.
Le transport routier ne demande pas un traitement de faveur. Il demande simplement de ne pas être traité comme une profession coupable d’exister.
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