EDITO HERVE REBILLON

EDITO de Hervé Rébillon : demain, il sera trop tard

Les mots ne suffisent plus. Depuis des semaines, les fédérations du transport routier tirent la sonnette d’alarme, martèlent le même message : il faut agir maintenant. Pas demain. Maintenant. Car demain, il sera trop tard.

Sur le terrain, la situation n’a plus rien de théorique. Les trésoreries sont exsangues, les marges inexistantes, et certains transporteurs en sont réduits à des expédients dignes d’un autre temps. Distribuer du liquide pour faire rouler les camions, faute de pouvoir utiliser des cartes carburant plafonnées : voilà où en est un secteur pourtant vital. Ce n’est plus une tension passagère, c’est une asphyxie.

Face à cela, que répond l’État ? Des annonces. Encore des annonces. Un plan évoqué, des montants affichés, 70 millions d’euros, dont 50 pour le transport routier, des promesses d’aides à hauteur de 20 centimes par litre. Sur le papier, tout semble calibré. Mais dans la réalité, rien ne suit. Le décret vient tout juste d’être publié. Rien n’est encore arrivé sur les comptes des entreprises.

Le décalage est devenu insupportable. D’un côté, un secteur qui appelle à l’aide en urgence absolue. De l’autre, un calendrier administratif qui s’étire, des décisions qui tardent à se matérialiser. Le ministre se veut rassurant, promet des mesures “dans quelques jours”. Mais combien de jours reste-t-il aux entreprises qui n’ont déjà plus de trésorerie ?

Ce qui se joue ici dépasse le seul sort des transporteurs. Derrière chaque camion immobilisé, ce sont des rayons qui risquent de se vider, des chaînes d’approvisionnement qui se fragilisent, une économie entière qui pourrait vaciller. Les Français continuent de se nourrir, de consommer, de vivre grâce à ces flux invisibles. Mais pour combien de temps encore si ceux qui les assurent ne peuvent plus tenir ?

Il est encore temps d’éviter la rupture. Mais le temps, précisément, est ce qui manque le plus. Les annonces doivent devenir des actes. Immédiatement.

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