EDITO HERVE REBILLON

EDITO de Hervé Rébillon : Le chaos électrique espagnol, un signal d’alarme

Il y a quelques jours, une panne électrique massive a plongé une grande partie de l’Espagne dans le noir. Plus d’électricité, plus d’internet, des transports à l’arrêt. Un vrai chaos, heureusement temporaire. Mais cet incident soulève une vraie question : que se serait-il passé si cette coupure avait duré plus longtemps ? Et surtout, que se passera-t-il demain, chez nous, quand presque toutes les voitures et les camions rouleront à l’électricité ? La question mérite d’être posée, surtout à l’heure où l’Europe, et notamment la France, s’engage résolument sur la voie de l’électrification de la mobilité.

Il était 12h30 quand les feux tricolores ont cessé de fonctionner en plein Séville que je traversais en voiture. Puis plus de radios, puis plus de réseau téléphone, comme dans un film. En quelques minutes, le doute s’est installé. « Et si c’était une cyberattaque rompant tous les moyens de communication ? » me suis-je posé comme tout le monde. Une ambiance étrange s’est alors installée : toutes les véhicules roulant au pas, doucement, créant d’immenses bouchons, les trams et métros paralysés, les commerces étant sans lumières employés et clients patientaient sur les trottoirs noirs de monde. Et au fil des heures, les véhicules électriques, automobiles, vélos, scooters, utilitaires, préféraient arrêter de rouler de craintes de ne pas pouvoir recharger leurs batteries.

Imaginons un instant que la panne espagnole se soit prolongée : plus de bornes de recharge disponibles, des véhicules à l’arrêt, des chaînes d’approvisionnement figées. Des supermarchés vides, des hôpitaux en tension, des citoyens isolés. Le tout, non pas à cause d’un manque de carburant, mais d’un simple défaut d’infrastructure et sans doute d’un manque d’électricité. Ce scénario, hier encore de la science-fiction, devient aujourd’hui une hypothèse plausible.

Il ne s’agit pas de renoncer au progrès, mais de l’encadrer avec lucidité. Si nous voulons des flottes de véhicules électriques, il faut un réseau électrique à la hauteur : résilient, décentralisé, protégé. Si nous comptons sur la logistique verte, il faut garantir une énergie verte et disponible.

Le chaos espagnol est un avertissement : l’électrification sans sécurisation d’une production suffisante et d’un réseau, c’est bâtir un avenir écologique sur une base instable.

L’Espagne nous a offert une répétition générale. Une voiture électrique ne roule pas sans courant. Un camion électrique ne livre pas ses marchandises sans recharge. À nous de ne pas attendre la première coupure pour réagir.