EDITO HERVE REBILLON

EDITO de Hervé Rébillon : transport routier, halte au double péage

Le transport routier de marchandises reste sur ses gardes. Alors que l’État relance le débat sur le financement des infrastructures, les transporteurs refusent d’endosser à eux seuls la facture. Les professionnels du secteur dénoncent un acharnement fiscal déguisé et s’opposent à toute nouvelle contribution qui viendrait alourdir une charge qu’ils jugent déjà démesurée.

Car non, les camions qui sillonnent nos routes ne roulent pas « gratuitement », comme certains voudraient le faire croire. Ils s’acquittent de la taxe sur les véhicules lourds (TSVR), paient une TICPE parmi les plus élevées d’Europe, règlent la taxe d’aménagement du territoire, les certificats d’immatriculation et versent une redevance domaniale via les sociétés d’autoroutes. Le tableau est clair : les transporteurs contribuent largement à l’entretien et au financement des infrastructures qu’ils empruntent.

Or, à chaque nouvelle velléité gouvernementale – qu’il s’agisse de relancer une écotaxe déguisée ou de créer une contribution régionale – le secteur est désigné comme la « vache à lait » idéale.

C’est oublier un peu vite que le transport routier est un maillon vital de l’économie : 89 % des marchandises en France circulent par la route. Taxer davantage, c’est frapper non seulement les entreprises de transport, souvent des TPE et PME déjà fragilisées, mais aussi, en bout de chaîne, les consommateurs.

Faut-il financer les infrastructures ? Bien sûr. Mais pas en réclamant toujours plus à ceux qui paient déjà. Une fiscalité équitable, c’est une fiscalité qui répartit les efforts entre tous les usagers et tous les modes de transport, sans stigmatiser un seul secteur. Le transport routier ne dit pas non à la solidarité nationale. Il dit non à l’acharnement fiscal.

Le secteur ne réclame pas de passe-droit. Il demande une reconnaissance équitable de sa contribution. Et une concertation sérieuse sur un modèle de financement qui tienne compte, enfin, de l’ensemble des efforts déjà consentis.