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FOCUS : Bourg-en-Bresse, fief de la carrosserie et des adaptations

On parle de désindustrialisation de la France, mais certains fiefs résistent. Ainsi l’agglomération de Bourg-en-Bresse (Ain) qui concentre nombre d’ateliers spécialisés dans l’adaptation et la modification de camions. Dont le Centre de Transformations techniques de MAN Truck & Bus France.

Appels d’offres privés comme publics

Le Centre de Transformations Techniques (CTT) de MAN établi à Viriat (Ain) est assurément moins connu que le mythique atelier C 11 de Renault Trucks de Bourg-en-Bresse. Cette filiale de MAN Trucks & Bus France joue cependant un rôle important pour certains appels d’offres privés comme publics et effectue des prestations complétant judicieusement celles de MAN Individual ou du MAN Truck Modification Center de Wittlich (Allemagne Fédérale). Le projet est né en 2013 de la volonté de Jean-Yves Kerbrat, président de MAN Truck & Bus France. À l’époque, le centre compte quatre personnes et est hébergé dans la succursale MAN Bresse. Début 2026, ils sont plus d’une vingtaine entre le bureau d’études et l’atelier. Le CTT est entré dans ses locaux en 2018 avant de connaître une importante extension en 2025 portant sa surface à 1200m2.  

« Le CTT est un support de ventes » selon Claude Demortière, son directeur. On peut y modifier ou équiper entre 600 et 800 véhicules par an. Depuis sa création, plus de 6000 véhicules MAN y ont transité. Lors de notre visite, toute la gamme était représentée, des utilitaires MAN TGE aux MAN TGX, sans oublier un grand nombre de MAN TGS. Divers travaux y sont effectués : dégagement de longerons, modifications d’empattements ou de porte-à-faux, montage d’extincteurs ou de systèmes de gonflage centralisé, adaptations pour bennes à ordures ménagères (un marché à un millier d’unités annuelles tout de même), préparations pour hydrocureuses, pompes pour citernes à pulvérulents, véhicules de sapeurs-pompiers, l’éventail est vaste. Le CTT peut également adapter des autocars de la marque, la demande typique étant le montage des doubles commandes pour les auto-écoles.

Un centre d’adaptation, géré en centre de profit

Initialement prévu pour le seul usage de MAN Truck & Bus France, il réalise ponctuellement des travaux pour des filiales MAN sises en Espagne, Italie ou Royaume-Uni.  Sans surprise, 70% de l’activité de 2025 s’est concentrée sur les porteurs, seuls 30% des volumes était assuré par les tracteurs. Comme le dit Claude Demortière « on sait s’adapter à tout ce qui nous arrive », la qualité de relation avec les carrossiers y est fondamentale. Car le CTT agit un peu comme un bureau de maitrise d’œuvre. Le schéma type commence par le commerce (MAN France ou carrossier) puis l’étude du véhicule avec les ingénieurs avant-vente MAN Truck & Bus France. Là se décide, ou pas, le recours aux adaptations (à Wittlich ou au CTT, le tout dépendant de la présence éventuelle d’une configuration type dite MAN Code). Le véhicule adapté, puis carrossé, est ensuite envoyé chez le concessionnaire pour livraison au client. Le tout étant dûment tracé et répertorié pour répondre à la fois aux exigences réglementaires et faciliter l’après-vente.

De l’opportunisme aux opportunités

Si le CTT est né à Viriat (Ain), c’est avant tout pour deux questions pratiques : grâce à l’autoroute A39, la ville n’est pas trop éloignée de l’Allemagne Fédérale ; et MAN Truck & Bus France y dispose d’importantes réserves foncières. La présence dans le voisinage de carrossiers comme ADOC Nardeau, Hatty, Brevet Carrosserie, RBM Rolfo, Trouillet Mobilité-sécurité ou de constructeurs comme Renault Trucks (et ses ateliers de préparation C31 et transformations C11) ou Lamberet contribue à entretenir un vivier de compétences incluant jusqu’aux pièces prototypes.

L’agglomération ne compte pas moins de 10 000 emplois industriels (sur 135 000 habitants).  « Il n’y a pas une semaine où il n’y a pas un véhicule chez Brevet » confie Claude Demortière. Les véhicules de pompiers furent d’ailleurs nombreux lors de notre visite, le CTT travaillant sur un camion-citerne forestier (CCF) ou préparant les véhicules avant carrossage chez Iturri. Pour les cabines tronquées, c’est souvent chez Hatty que cela finit. Au CTT, il y a deux équipes de six compagnons incluant électricien, mécaniciens soudeurs « mais on recherche la polyvalence malgré tout, en fonction des compétences et appétences de chacun » résume Claude Demortière. 

Passage imminent aux courants forts

L’avenir immédiat est la certification de l’atelier et des équipes aux courants forts pour pouvoir travailler sur les véhicules électriques à batteries. L’écosystème local permet également de trouver des prestataires spécialisés (comme lorsqu’il s’agit de poser des films sur les véhicules, ou pour le convoyage et la logistique des véhicules). « L’aspect logistique est un vrai savoir-faire, géré par l’homme de parc chez nous » annonce Claude Demortière. Il y a les flux physiques et d’informations, nécessaires pour la planification et la facturation. Curieusement, deux opérations sont exclues du périmètre du CTT : la pose de ralentisseurs électromagnétiques Telma dont l’usine ne veut pas entendre parler (faut-il y voir l’influence de ZF ?) et la conversion au B100 exclusif. Cette dernière relève des MAN Service Center.

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