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Focus : les camions transformistes de Renault Trucks

Reconvertir un tracteur en porteur, une solution radicale pour désengorger les parcs V.O de leurs buy-back. Un travail à perte ? Renault Trucks se fait fort d’y parvenir industriellement, dans l’usine qui a vu naître les camions pour leur première vie.

L’atelier C.11

Reconvertir des tracteurs en porteurs, plus facile à dire qu’à faire, et selon nombre de représentants de constructeurs, impossible à rentabiliser. Mais à l’usine Renault Trucks de Bourg-en-Bresse (Ain), il y a l’atelier C.11 pour lequel il n’y a rien d’impossible. En marge des transformations « hors ligne » pour les véhicules neufs sortant des chaînes voisines (comme ce Renault K à silhouette 10×4 pour le client Bouygues) et après avoir réalisé les camions des raids Renault Trucks (Route de la Soie en 2005, Cape to Cape en 2009) puis les camions d’assistance du Dakar, l’atelier C.11 s’est ouvert aux reconversions de véhicules d’occasion. Cela va des options de personnalisation « 01 Customize » pour les Renault T01 Racing de la Direction véhicules reconditionnés et d’occasion Renault Trucks France jusqu’au reconversions de châssis. Ces deux activités sont regroupées dans la Used Trucks Factory[1].

La série des T01 Racing constitue l’essentiel du plan de charge (plus de 150 réalisés à ce jour), et elle exploite le savoir-faire des peintres de l’atelier C11 qui peuvent réaliser tous les travaux de peinture ou de pose de films (stickage). Ces tirages limités servent l’image des véhicules Restart de Renault Trucks et ont droit à de grandes campagnes de mise en valeur (Le Mans – qui a suscité 25 commandes – ou la présence sur le stand principal à Solutrans). Que ce soit pour les véhicules « image » comme les T01 Racing ou les transformations de tracteurs en porteurs, tous passent auparavant au centre de préparation de Saint-Priest afin de les homogénéiser en termes de qualité de fini et de présentation.

Une transformation de tracteurs en porteur exige de tout démonter.

Le « sur-mesure » à l’échelle industrielle

Le secret de Renault Trucks est d’avoir industrialisé les étapes de personnalisation et reconversions de châssis. « On est parfaitement intégrés aux flux de l’usine » explique Laurent Genillon, directeur opérationnel du centre d’adaptation. L’atelier dispose de son propre bureau d’études (une trentaine de personnes), documente tous les travaux suivant les mêmes procédures que pour un modèle « standard » et est également agréé UTAC pour l’activité de carrosserie industrielle. Il peut monter les équipements et carrosseries Meiller, Palfinger, Wielton ou Gervasi.

La conversion des tracteurs en porteurs X-Road et P-Road (une centaine d’unités par an en 2024) est, fondamentalement, assez proche du travail de personnalisation de châssis qui peut être faite sur des véhicules neufs. C’est l’avantage d’être à proximité immédiate de la chaîne d’assemblage des Renault Trucks T, C et K. Certaines adaptations peuvent figurer dans les configurateurs des vendeurs, sans que ceux-ci sachent qu’elles vont passer par les ateliers C.11 et C.31 (lequel prépare notamment les véhicules des appels d’offres et grands comptes). « C’est la mise en visibilité d’adaptations à forte demande » expliquent Gilles Vuillermet, responsable commercial du pole adaptation et Laurent Genillon, directeur opérationnel du centre d’adaptation Renault Trucks.

En C.11 transitent toutes les adaptations lourdes impliquant des travaux mécaniques, les véhicules uniques ou les travaux supérieurs à 1 jour. En atelier C.31 transitent les modification moins chronophages. Les offres P-Road ont trouvé leur clientèle, notamment sur les marchés de niche comme les auto-écoles.  Il y a aussi, comme tout V.O le gain de temps, les équipes notant qu’il y a souvent des demandes pour remplacer des véhicules accidentés. « La reconversion va beaucoup plus vite en délai de livraison. La transformation de tracteur en porteur est forcément rentable car la seule concurrence sur les porteurs, c’est le véhicule neuf. C’est un véhicule qui n’a pas le temps d’être déprécié puisqu’il est déjà commandé  » résume Laurent Genillon.

Les conversions ne concernent que les silhouettes 4×2.

Les secrets de la rentabilité

Autre secret de la rentabilité de ces reconversions : « on se cale sur une définition de châssis qui existe déjà chez Renault Trucks » explique Laurent Ribes, précédemment responsable du bureau d’études du centre d’adaptation. Une mesure qui rassure également le réseau en après-vente. Révélateur du travail effectué en ingénierie méthodes : le temps de transformation. La conversion d’un P-Road est passée de 120 heures à 85. Toujours par souci de gestion des flux, seuls les silhouettes 4×2 sont proposées. Il serait possible, techniquement, de faire des conversions en porteurs 6×4 ou 6×2 « mais tout dépend de la réalité économique » est-il précisé. Un dossier type de Réception à titre isolé est associé à ces modèles X-Road et P-Road, tous homologués en porteurs-remorquants.

En mécanique l’atelier C.11 compte 45 personnes travaillant en 2×8. La partie peinture compte 50 salariés travaillant en 3×8. Elle peut réaliser de 8000 à 10000 pièces par mois, pour les personnalisations de véhicules neufs comme pour les T01 Racing. En 2024, les équipes de l’atelier C.11 ont modifié ou transformé 12% de la production totale de l’usine de Bourg-en-Bresse. Certaines modifications de véhicules neufs, comme les avitailleurs de Titan Aero Group, sont tout aussi spectaculaires que les reconversions de châssis (renforts de longerons et empattements extra-longs) ; toutes sortent de ce mythique atelier C.11 au savoir-faire unique.

[1] Used Trucks Factory ne signifie pas fabrique de camions usés. En l’espèce ce serait plutôt traduisible en usine de camions transformés.

Les porteurs ainsi créés reprennent les cotes et caractéristiques des porteurs neufs départ usine.

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