
Solène Grange, directrice générale de l’activité de l’activité autocars et autobus d’Iveco France, répond aux questions de TRM24 sur la situation du groupe Iveco Bus dans un marché dynamique, tant en France qu’en Europe, mais soumis à de fortes pressions concurrentielles et tensions sur les approvisionnements.
TRM24 : Comment s’est comporté le marché France en 2025 ? Qu’en est-il pour Iveco ?
Solène Grange : « Le marché a été stable avec 6 259 unités, une différence de seulement 9 unités par rapport à 2024. Le secteur des autobus urbains a ralenti et a été compensé par le tourisme et les minicars et minibus. Si l’urbain, en moyenne pluriannuelle, représente autour de 1 500 unités, il a chuté à 1 129 immatriculations en 2024. Dans ce contexte, la part d’Iveco France (Iveco Bus et Heuliez) a été sur le marché toutes marques de 47% contre 48% en 2024. Elle est un peu plus forte en urbain avec une part de marché de 51% ».
TRM24 : Qu’est-ce qui explique cette baisse du segment autobus en France l’an dernier ?
Solène Grange : « Le secteur a été impacté par des facteurs industriels et logistiques. La livraison de certaines pièces a été problématique : panneaux composites, portillons, rétrocaméras, jusqu’aux aimants nécessaires à certaines transmissions automatiques. Un autobus, c’est 12 000 références de pièces ».
TRM24 : Qu’en est-il de la situation sur votre usine d’Annonay (Ardèche) ? Les goulots d’étranglements pourraient-ils être compensés à Foggia (Pouilles, Italie) ?
Solène Grange : « Nous avons initié en 2024 un projet de doublement des capacités de production d’Annonay avec la production d’autobus électriques, l’introduction de l’Heuliez GX137 GNV et d’une unité d’assemblage de batteries de traction. Cela exige le recrutement ou la formation de soudeurs, électriciens, mécaniciens. Autant de métiers en tension. À ceci s’ajoute les difficultés dans l’approvisionnement de pièces évoqué précédemment. J’insiste, tout part de la logistique. Si on n’a pas les pièces, on ne peut pas produire ! Sur Foggia, le marché européen a tellement grossi que Foggia ne suppléera pas. Quant à Rorthais, depuis 2020 l’usine est passée en 100% électrique et est en constante augmentation de production. Les interurbains [fabriqués en République Tchèque à Vysokè Mỷto] sont moins fragiles sur ces aspects de process. »
TRM24 : Quel est justement le comportement du marché de l’interurbain ? Et celui du classe III tourisme ?
Solène Grange : « Avec 2890 unités en France, l’interurbain a cru de +12.16% soit un gain net de 200 unités. Iveco tient ici une part de marché de 66%. L’Iveco Crossway est robuste et est apprécié pour sa technologie mature. En autocars, le MTM France a enfin effacé l’épisode Covid et a atteint les 1100 unités. L’Iveco Evadys est à la 3ème place du podium sur ce segment (14.1%) grâce à sa polyvalence et à son positionnement prix/prestations.»
TRM24 : Iveco fait partie des rares fournisseurs, avec Mercedes-Benz, pour les châssis dédiés minicars et minibus. Comment se répartit le marché entre véhicules carrossés et véhicules complets ?
Solène Grange : « Le marché du minicar minibus en France est en baisse de -13% en 2025 mais il demeure à un haut niveau avec 1120 unités. La fluctuation du marché est principalement dûe au Ford Transit. Mercedes-Benz y demeure numéro 1 mais la part de marché d’Iveco Bus est de 26% (châssis et véhicules complets). Dans le détail, les Iveco Daily complets ont représenté 647 unités (2ème place avec 18%) et les châssis à carrosser 430 exemplaires (1ère place avec 41% du segment des châssis). »
TRM24 : Lors de la conférence CSIAM, le transport routier de voyageurs a été mis en avant dans le passage à l’électrification. Confirmez-vous cela ?
Solène Grange : « Sur les 1 816 véhicules non conventionnels enregistrés en France en 2025, 800 sont dédiés à l’urbain. C’est une baisse sensible puisque l’on a eu en 2024 près de 1 300 autobus à énergies alternatives. (…) Avec 48% d’électriques, 26% de GNV et 4% d’hydrogène[1], on pourrait croire à un point de bascule mais ce n’est là que le reflet des facturations. Ce n’est pas conforme avec les appels d’offres que l’on reçoit qui restent encore très ouverts au GNV. En interurbain, le diesel détient encore une part de 71%, le GNV 21% et l’électrique 1.8%.»
TRM24 : On parle d’une forte croissance de l’électrique en Europe, confirmez-vous ?
Solène Grange : « L’électrique en Europe a crû de +44%. Il est très sensible aux plans d’aides publiques favorables à l’électrification. Mais l’Espagne a arrêté ses subventions en décembre 2025 et l’Italie le fera au mois de juillet 2026. Sur tous les pays européens, hors France, les aides sont déterminantes. »
TRM24 : Quelles sont vos anticipations pour 2026 ?
Solène Grange : « Pour l’Union européenne, on a assez peu de visibilité même si l’ on anticipe une stabilité du marché toutes marques en 2026. Il y a beaucoup de nouveaux entrants [principalement Chinois NDLR], ce qui en fera un marché très fragmenté. En France, c’est plus constant et on n’a pas ces effets de leviers liés aux aides. Pour l’interurbain, les Certificats d’économie d’énergies (CEE) seront importants. (…) Les minis devraient s’établir autour de 1 000 unités. Pour ce qui est du mix, en France, on devrait avoir une résistance du GNV autour de 21% du marché. Le groupe a commencé à livrer ses premiers autobus Heuliez à hydrogène à Lorient. Nombre de dossiers hydrogène ont été stoppés, comme à Nancy. Mais nous avons des projets attribués comme Cannes, La Roche-sur-Yon, Annecy ou d’autres à l’étude comme Dunkerque. »
TRM24 : Quelles seront les échéances réglementaires qui pourraient impacter le marché de l’autocar et de l’autobus ?
Solène Grange : « Pour 2026, l’Iveco Daily Access Low Entry va se mettre en conformité avec GSR-II et sera disponible en électrique via le carrossier italien Olmedo. Il y a surtout le règlement ECE R107-10 et l’introduction de systèmes automatiques d’accès aux marteaux brise-vitres. Nous participons aux réunions consécutives au Plan Joana. Il existe des stupotests, mais ils ne sont pas homologués à ce jour. »
[1] Contre une proportion en 2024 de 34% d’électriques en MTM cars et bus, 50% de GNV et 0% d’hydrogène pour le marché France.


