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REPÈRES HYDROGÈNE : la clé pour déverrouiller le transport routier européen

La filière hydrogène pour les poids lourds est à la croisée des chemins. Entre les ambitions européennes, la complexité des réglementations et la nécessité d’un modèle économique viable, les défis sont nombreux. Erwin Penfornis, vice-Président de la branche mondiale Hydrogène Énergie chez Air Liquide, décrypte dans le numéro de REPÈRES HYDROGÈNE les enjeux d’un écosystème en pleine structuration et plaide pour un pragmatisme audacieux. Extraits.

Repères : Peut-on parler aujourd’hui d’une véritable filière européenne de l’hydrogène pour les véhicules industriels ?

Erwin Penfornis : Oui, une filière européenne existe et elle est solide. Elle rassemble les plus grands équipementiers automobiles comme Bosch, Forvia ou Schaeffler, qui travaillent de près avec les constructeurs de poids lourds, de bus et de véhicules utilitaires. Nous avons aussi les grands acteurs de la fourniture d’hydrogène, gaziers industriels comme nous et pétroliers. Il ne faut cependant pas perdre de vue que la Chine reste loin devant, avec un écosystème complet qui avance très vite, auquel Air Liquide contribue.

Repères : La chaîne de valeur semble donc en place. Quel est alors le maillon faible ?

Erwin Penfornis : L’infrastructure de recharge. Les stations sont le maillon sans lequel rien ne peut se passer. C’est là que l’effort doit être le plus significatif. Nous sommes convaincus que c’est la clé, et c’est pourquoi nous avons créé la coentreprise TEAL Mobility avec TotalEnergies et que nous sommes aussi impliqués en Allemagne via H2 MOBILITY. Il faut plus d’acteurs capables d’investir massivement dans les stations pour rassurer les constructeurs sur le maillage du réseau et, in fine, sur le coût de l’hydrogène à la pompe.

Repères : Justement, les constructeurs de poids lourds semblent tarder à industrialiser leurs véhicules. Ce retard freine-t-il vos propres investissements ?

Erwin Penfornis : Ce manque de visibilité sur les dates et les cadences de production est préjudiciable. Pour synchroniser le déploiement des véhicules et celui des infrastructures, nous avons besoin de repères clairs. Sans eux, il est difficile de valider des plans d’investissement aussi importants que ceux des stations. Nous sommes en contact permanent avec les grands constructeurs pour faire avancer les lignes.

Repères : Pour accélérer, les mécanismes de soutien public sont essentiels. Sont-ils à la hauteur ?

Erwin Penfornis : Les outils existent, comme la directive européenne RED-III, mais leur complexité et les contraintes qu’ils imposent allongent considérablement les délais de déploiement. L’urgence aujourd’hui est de rassurer les transporteurs sur le coût de l’hydrogène. Nous devons rapidement lancer des projets qui permettent de passer sous la barre des 10 euros le kilo à la pompe, pour viser les 8 euros. C’est le seuil nécessaire pour que les opérateurs de flottes s’y retrouvent dans leur calcul de coût total de possession (TCO) qui est critique dans la mobilité lourde. Nous savons que chaque centime compte.

Lire dans  son intégralité l’interview de Erwin Penfornis, vice-Président de la branche mondiale Hydrogène Énergie chez Air Liquide