EDITO HERVE REBILLON

EDITO de Hervé Rébillon : du puits à la roue, la logique s’impose, l’incohérence demeure

Le Parlement européen vient d’adopter le règlement CountEmissionsEU. Derrière ce nom technocratique se cache pourtant une petite révolution : Bruxelles reconnaît enfin qu’il faut évaluer les émissions de CO₂ sur l’ensemble du cycle énergétique, selon une approche dite « du puits à la roue ».

Autrement dit, il ne suffit plus de regarder ce qui sort du pot d’échappement. Il faut désormais prendre en compte la production, le transport et l’utilisation de l’énergie. Une logique de bon sens que les acteurs du transport réclament depuis des années.

Jusqu’ici, l’Europe raisonnait essentiellement « du réservoir à la roue ». Une méthode simpliste qui favorisait mécaniquement l’électrique, sans toujours mesurer l’empreinte carbone réelle des différentes énergies. Avec CountEmissionsEU, les entreprises de transport devront désormais mesurer la décarbonation de leurs activités dans leur globalité, et non plus uniquement celle de leurs véhicules.

Cette évolution change profondément les règles du jeu. Car avec une approche complète du cycle énergétique, les carburants alternatifs (biocarburants, HVO, biogaz ou e-fuels) pourraient enfin obtenir la reconnaissance carbone qu’ils méritent.

Mais cette avancée met aussi en lumière une contradiction majeure de la politique européenne. D’un côté, les transporteurs passent au « puits à la roue ». De l’autre, les constructeurs restent soumis à une réglementation CO₂ fondée sur l’ancien modèle « du réservoir à la roue ».

Résultat : les objectifs imposés aux fabricants continuent de privilégier quasi exclusivement le camion électrique, seul capable aujourd’hui de répondre aux seuils réglementaires actuels. Une incohérence difficilement défendable au moment même où Bruxelles reconnaît officiellement la pertinence d’une approche globale des émissions.

En clair, l’Europe applique deux méthodes différentes pour mesurer une même réalité climatique : l’une pour les utilisateurs finaux, l’autre pour les producteurs de véhicules. Une absence d’harmonisation qui brouille les investissements, fragilise la neutralité technologique et entretient l’incertitude sur l’avenir des carburants alternatifs.

La clause de revoyure du règlement CO₂ prévue sera donc décisive. Si Bruxelles veut réellement défendre une stratégie de décarbonation pragmatique et efficace, il faudra appliquer les mêmes règles à tous les acteurs. Avec une seule méthode d’évaluation : celle du puits à la roue.

Pour une fois, la logique pourrait l’emporter sur l’idéologie.

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