BlaBlaCar présent sur le salon Autocar Expo 2024 envisage de recruter de nouveaux prestataires pour l’exploitation de services librement organisés longue distance (dits « cars Macron »). C’est aussi l’occasion pour Jonas Bisagni, directeur commercial, et Aurélien Gandois, directeur BlaBlaCar bus, d’évoquer avec TRM24 la décarbonation et le sujet des gares routières.
Sur ce point, Aurélien Gandois rappelle l’actualité d’un « plan national pour la mobilité décarbonée de demain »[1] prenant en compte le rôle des autocars longue distance ainsi que l’importance d’un accès à de véritables gares routières. Cette tribune fut publiée en réaction à l’annonce faite unilatéralement le 7 septembre 2023 par la Ville de Paris de son intention de fermer la gare routière de Bercy-Seine.
Ce texte a été co-signé par de nombreux représentants politiques, des universitaires et des représentants de la FNTV et de la FNAUT[2]. Dernièrement, c’est François Durouvray, ministre des transports, qui évoque lors du Congrès de la FNTV 2024 son intention de légiférer sur le sujet des gares routières. Un dossier en lien avec le développement des services express routiers métropolitains (SERM).
Aurélien Gandois se félicite de l’implication de l’Autorité de régulation des transports (ART) qui organise depuis 3 ans les Rencontres gares routières (la dernière édition eut lieu le 20 septembre 2024). Il affirme que « l’on n’a pas besoin de loi pour régler ce sujet » et évoque le rôle important que joue l’ART en la matière. Un cadre juridique lié aux gares routières de dessine par sa jurisprudence. « Elle peut arbitrer l’accès, les coûts de redevances de toucher de quai. Mais elle ne peut pas créer ou fermer de gares routières ni établir un niveau de prestations » relève-t-il. Il note que la haute administration, au sein de la DGITM semble se préoccuper de ce sujet avec la création de deux postes (un responsable de projets gares routières en lien avec les cars express et un coordinateur avec la Société des Grands Projets pour les pôles d’échanges multimodaux). « On a une opportunité à ne pas manquer » résume-t-il.
S’il accepte le principe des redevances de toucher de quai, il demande que cela soit en échange d’un minimum de prestations et de qualité d’accueil et de service. « Pour la gare routière de Bercy Seine, les redevances payées par Blablacar et ses opérateurs représentent 3 millions d’euros par an de revenus pour la SAEMES[3]. En parallèle, aucun des 3 investissements promis ne furent réalisés ».
Paris, Lille, Lyon, bonnets d’ânes des gares routières
« Lille n’a même pas de gare routière !» s’étonne Aurélien Gandois qui évoque sur cet axe important des passagers pris en charge et posés sur le trottoir. « Les autres villes à situation critique sont Lyon et Paris ». La gare routière de Perrache devait fermer fin 2025 pour faire place à des projets d’urbanisme portés par la métropole de Lyon. Il évoque « un projet temporaire à 5 ans dans le quartier de Gerland. Secteur bien desservi en transports en communs et accessible en autocar. Mais les aménagements nécessaires seraient remis en cause faute de budget ».
Pour Paris, il renvoie aux conclusions de l’ART demandant à surseoir à la fermeture pour au moins 12 mois et la création d’un site alternatif capacitaire (« ce qui exclut le site Pershing situé près de la Porte Maillot » précise Aurélien Gandois). Sur ce dossier, le Préfet de Police de Paris est en charge d’une mission flash et organise le 12 décembre 2024 une réunion avec toutes les parties prenantes. Est-ce un hasard ? Ces mêmes métropoles comptent parmi les ZFE-m les plus restrictives. Ce qui pose la question des choix énergétiques pour les autocaristes.
Jonas Bisagni, directeur commercial BlaBlaCar bus, évoque l’implication de Autocars Pays de Savoie, basé à La Roche-sur-Foron. APS est l’opérateur de la ligne Lyon-Nice qui exploite 20 véhicules avec le carburant HVO. « Sur les carburants décarbonés nous sommes ouverts au B100, au HVO ou au bioGNV. On n’impose pas de choix, on veut de la souplesse dans les technologies. » Il ajoute « pour nous, c’est un coût que l’on supporte (…) Le surcoût pour l’opérateur on le couvre à 100%, et cela sans impact pour le client final ». Il reconnaît que c’est un enjeu d’image pour BlaBlaCar.
Le fait que la France ait enfin autorisé la vente en station de HVO à l’été 2024 est apprécié « le HVO apparaît de fait comme la première alternative pour décarboner rapidement. Le B100 est une solution envisageable, mais un peu plus contraignant du fait des cuves dédiées. » S’il reconnaît l’avantage du bénéfice de la vignette Crit’Air 1 au B100 Exclusif, ce point n’est pas inscrit dans le cahier des charges de BlaBlaCar bus. Tout dépendra de l’attitude des métropoles ayant établi les règlements de leurs ZFE-m. Vu l’état d’esprit de certaines, la bataille de l’accès aux pôles d’échanges en centres-villes n’est pas gagnée.
[1] Voir https://www.fnaut.fr/uploads/2023/11/Tribune-Gares-routieres-13-11-23.pdf
[2] FNAUT Fédération nationale des associations des usagers des transports.
[3] SAEMES société gestionnaire des parkings dont la ville de Paris est actionnaire.
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