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Biocarburants : la Direction Générale des Entreprises fait l’unanimité … contre elle

Publiée le 10 juillet 2025 par la Direction Générale des Entreprises , « l’Analyse des alternatives aux poids-lourds diesel pour le transport routier de marchandises » a suscité l’unanimité contre elle et entraîné une réaction commune de France Mobilité Biogaz, Esterifrance, l’Ufip EM, l’AUTF, la FNTR et l’OTRE.

La profession réagit

Après le Livret de diagnostic de l’atelier n°4 de la conférence Ambition France Transports, voici une deuxième salve d’attaques de l’Administration contre les carburants alternatifs au gazole. Cette fois-ci, elle vient de la Direction Générale des Entreprises. Fait troublant, il y a de nombreuses similitudes entre les deux documents litigieux.

Les réactions ne se sont pas fait attendre :  l’ensemble des fédérations de transport routier de marchandises (FNTR et OTRE), l’Association des Utilisateurs de Transports de Fret (AUTF), les producteurs de carburants renouvelables (France Mobilité Biogaz et Esterifrance), et les distributeurs d’énergies (UFIP Énergies et Mobilités) ont publié ce 29 juillet 2025 un communiqué conjoint dénonçant un document biaisé. Lequel affirme que l’électricité serait la seule énergie vertueuse et crédible pour le transport routier de marchandises.

Il faut dire que le contenu semble particulièrement orienté : tous les biocarburants y sont disqualifiés (B100, HVO et bioGNV). Le communiqué témoigne du désarroi des signataires : « Encouragées depuis des années par l’Etat, ce sont pourtant des solutions éprouvées, réellement décarbonantes, immédiatement disponibles, et adoptées par de nombreux transporteurs et chargeurs, tant pour le compte propre que pour le compte d’autrui. »

La DGE contre la Directive RED-III

Le communiqué conjoint rappelle que les biocarburants « sont pleinement reconnus au niveau européen puisqu’ils répondent aux critères de durabilité de la directive sur les énergies renouvelables [RED-II et RED-III NDLR] avec des réductions d’émissions d’au moins 50 % par rapport au gazole fossile. » 

Plus grave, car témoignant d’une méconnaissance des réalités industrielles françaises (usine de moteurs de Bourbon-Lancy, de boîtes de vitesses à Andrézieux-Bouthéon), cette analyse retient comme seul critère de souveraineté industrielle le seul assemblage final des véhicules, « sans prise en compte de l’amont industriel, de la chaîne de valeur complète. »

Les associations signataires relèvent que « le caractère émergent de l’industrie du poids lourd électrique en France est passé sous silence : au plus 1 500 poids lourds électriques circulent aujourd’hui en France sur un parc total de 625 000 véhicules. « 

Un rapport pro-batteries qui crée une vive tension

Preuve du biais du document « l’impact environnemental des batteries et la dépendance aux matériaux critiques sont tout simplement absents de l’étude. Tous ces éléments sont pourtant publics et largement connus des services de la DGE et des administrations qui ont participé à la rédaction de ce document. Les biais méthodologiques, la vision remettant en cause la neutralité technologique, les omissions ciblées, l’absence de concertation et le parti-pris manifeste en faveur d’une marginalisation des filières complémentaires à l’électrique vont in-fine à l’encontre des engagements climatiques de la France et de sa trajectoire de décarbonation. »

Le communiqué conclut en rappelant qu’une « transition énergétique efficace du transport routier de marchandises nécessite assurément de s’appuyer sur une pluralité d’offre et d’options, adaptées aux enjeux économiques et aux réalités opérationnelles des acteurs du secteur. »

Et si le « ballon d’essai » du Livret d’acteurs d’Ambition France Transports, relayé par ce document de la DGE n’étaient là que pour légitimer la fin des différents dispositifs d’aides (directes ou indirectes) à la décarbonation ? En cette veille de discussions budgétaires serrées pour la Loi de Finances 2026, ces signaux sont à prendre au sérieux. Il confirme aussi, et surtout, que le lobby pro-batteries a ses entrées dans les couloirs de la haute administration française et plus seulement à la Commission ou au Parlement européen.