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Grand débat national : un top départ auréolé d’incertitudes

Emmanuel Macron lance aujourd’hui le grand débat national dans l’Eure. Le Président de la République veut ainsi répondre au mouvement de contestation sociale des « gilets jaunes » et proposer un « nouveau contrat » pour la Nation.  Dans sa « lettre aux Français » diffusée lundi dans la presse et les réseaux sociaux, il en détaille les enjeux. Quatre grands thèmes sont sur la table : transition écologique, fiscalité, réforme de l’Etat, démocratie et citoyenneté. Le TRM peut-il profiter du débat  ?

Dans « sa lettre aux Français » publiée dimanche par l’Elysée et relayée lundi dans la presse et les réseaux sociaux, le Président de la République donne le la du grand débat national qui va durer 2 mois. « Ce débat n’est ni une élection, ni un référendum » écrit Emmanuel Macron pour convaincre que son initiative n’est pas une manoeuvre de diversion. Il explique que les Français pourront aborder tous les sujets, à condition toutefois que le débat soit articulé autour de quatre grandes thématiques : transition écologique, fiscalité, réforme de l’Etat, démocratie et citoyenneté. « Il n’y a pas de questions interdites », affirme-t-il même s’il trace des lignes rouges, comme la suppression de l’ISF mais ouvre la porte à des réformes importantes comme le recours à des référendums d’initiative citoyenne (RIC).

Emmanuel Macron  lance le grand débat  sur le terrain aujourd’hui dans la petite commune de Grand Bourgtheroulde (Eure), aux côtés de 600 maires et élus de Normandie. Dans les faits, le président multipliera les déplacements pendant deux mois pour inciter les Français à participer ; il rendra compte directement du débat dans le mois suivant sa fin. Fait marquant, Matignon a annoncé lundi soir la nomination d’un collège de cinq “garants” pour “garantir l’indépendance” du grand débat national. Deux de ces cinq personnes seront désignées par le gouvernement, tandis que les trois autres seront nommées respectivement par le président de l’Assemblée nationale Richard Ferrand, le président du Sénat Gérard Larcher et celui du Conseil économique, social et environnemental (CESE) Patrick Bernasconi. Les noms de ces cinq “garants” seront connus vendredi 18 janvier.  En complément, deux membres du gouvernement sont missionnés pour piloter l’organisation du grand débat. Le ministre chargé des collectivités territoriales , Sébastien Lecornu, s’assurera de la facilitation des débats par les maires. La secrétaire d’Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, Emmanuelle Wargon, sera chargée de l’organisation générale et de la mobilisation de la société civile.

Quid du secteur du  transport  ?

Le  président de la République promet aux Français que leurs propositions ne resteront pas lettre morte. Elles « permettront de bâtir  un nouveau contrat pour la nation, de structurer  l’action du gouvernement et du Parlement, mais aussi les positions de la France au niveau européen et international ». Avant d’ajouter : « C’est ainsi que j’entends transformer avec vous les colères en solutions ». Dans ce contexte, le secteur du TRM pourrait-il bénéficier de réponses  concrètes et  innovantes pour la profession ? A l’évidence, le secteur attend avec impatience les mesures d’urgence des pouvoirs publics  pour mieux traverser l’épisode des « gilets jaunes » qui a tendance à durer. Une seconde réunion entre les fédérations  et la ministre des transports est prévue dans une dizaine de jours.

De surcroît, l’examen de la loi d’orientation des mobilités ( LOM) qui sera débattue en mars au Sénat, a été de facto décalé de quelques semaines pour qu’elle puisse intégrer les propositions qui émergeront dans le débat. « Le TRM a été l’un des premiers secteurs pénalisés par le mouvement des « gilets jaunes », explique Jean-Marc Rivera, secrétaire général de l’OTRE. Outre les barrages dont ils ont été victimes, les conducteurs routiers ont subi des blocages aux abords des plateformes logistiques. Lors de la réunion des fédérations avec la ministre des transports le 7 janvier, nous lui avons fait part de notre inquiétude.   La contestation n’est pas terminée et les « gilets jaunes » continuent encore à bloquer  les poids lourds  pour ce qu’ils représentent.»

Reste un flou présidentiel. Emmanuel Macron n’est pas très précis dans ses propositions sur le financement de la transition écologique. « Comment finance-t-on la transition écologique : par l’impôt, par les taxes et qui doit être concerné en priorité ? » écrit-il dans sa lettre. Il ne cite pas la hausse de la taxe carbone qui a été supprimée dans la loi de finances pour 2019. A l’évidence, la hausse de la taxe carbone, promesse du chef de l’Etat, ne pourra pas reprendre en 2020 si elle ne fait pas l’objet d’un consensus.

 

Hervé Rébillon
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