Le Syndicat du pneu a réagi après la parution d’un arrêté ministériel publié le vendredi 27 mars 2026 au Journal Officiel. En cause : plusieurs déséquilibres dans le nouveau dispositif imposé par le gouvernement.
Hausse des frais à la charge des éco-organismes
Ce dossier est emblématique de la façon sont gérés différents dossiers concernant l’industrie en France. Le site Blackstar de Béthune ayant été placé en procédure de sauvegarde depuis le mois de janvier 2026, le gouvernement a accru les frais à la charge des éco-organismes collecteurs des pneus usagés dans l’annexe I de l’arrêté du 25 mars 2026[1]. Ces recettes devant subventionner les prix de vente des pneus issus de cette usine.
Énième péripétie pour le site fermé en 2021 par le groupe Bridgestone. Il est ainsi prévu que « L’éco-organisme soutient tout opérateur de rechapage [en l’espèce unique] qui met sur le marché national des pneumatiques rechapés dès lors que les pneumatiques usagés dont ils sont issus ont été collectés sur le territoire national, et que l’opération de rechapage a été réalisée à moins de 1 500 km de leur lieu de collecte. »
Le montant par pneu est significatif : « Les modalités de ce soutien financier sont précisées par un contrat-type (…) Ce contrat-type prévoit que le montant minimal du soutien financier est de 6 € par pneumatique usagé mis sur le marché national ayant fait l’objet d’une opération de rechapage dans les conditions du présent paragraphe. » Ce qui représente, pour l’ensemble des clients finaux (tous types et tous réseaux) une surcharge de 0,3€ par pneu vendu.
Le Syndicat du pneu, représentant fabricants, distributeurs et éco-organismes collecteurs ne décolère pas devant le simulacre de concertation conduit par le Direction générale de la protection des risques (DGPR).
Un petit air de déjà vu
Dans son communiqué, le Syndicat du pneu relève que « les remarques effectuées lors de la réunion de concertation du 17 février organisée par la DGPR du Ministère de la Transition Écologique n’ont pas été prises en compte, laissant à penser que cette concertation n’avait été organisée que pour la forme ». Cela devrait évoquer bien des souvenirs anciens ou récents aux constructeurs ou acteurs du HVO, du B100 et du bioGNV.
Dominique Stempfel, président du Syndicat du pneu, regrette que la loi anti gaspillage pour une économie circulaire (loi AGEC) ne tienne pas compte des spécificités des pneumatiques : un pneu poids-lourds n’est pas un pneu tourisme ou utilitaire. Il est conçu pour le rechapage, souvent en « nominatif « : le pneu revient sur un camion de la même entreprise ce qui facilite l’appairage et la conformité dimensionnelle. Ce n’est pas le cas en pneus de véhicules légers. « Il n’est donc pas pertinent de prendre exemple sur le rechapage PL pour développer le rechapage VL » précise le communiqué.
Cette même loi impose également d’intégrer une offre en rechapé en réponse aux appels d’offres. Selon le Syndicat du pneu « la grande majorité des professionnels du pneu jouent le jeu et ont intégré [la marque Leonard] à leur gamme. Cependant, ils ont constaté une forte réticence des acheteurs qui relaient les doutes des personnels qui utilisent les véhicules des administrations et sociétés publiques ». Une fois de plus on tente d’imposer un produit que les clients (ici publics !) ne veulent pas. Cela ne vous rappelle-t-il rien ?
Un précédent qui fait peur
S’ajoute la crainte d’un précédent dans lequel s’engouffre la Fédération des industriels Engagés et Solidaires (Findes). « La structuration de cet écosystème public/privé pour accompagner la reprise de Black Star déterminera si cette 1ère peut devenir un modèle reproductible pour y contribuer. La Findes mobilisera toute ses ressources et son énergie pour y contribuer » aurait-elle proclamé sur une de ses communications. Le Syndicat du Pneu « milite pour que l’économie circulaire s’autofinance, sans faire appel à des fonds extérieurs, avec une écocontribution la plus faible possible. » Il estime que l’on se trompe de cible : « en collectant autant de pneus qu’elle en vend, la filière du pneu est exemplaire ».
En prime, il ajoute que le dispositif retenu constitue une distorsion de concurrence : tous les réseaux et revendeurs facturent au client une redevance qui bénéficiera à une entreprise appartenant à un concurrent (Blackstar étant propriété du groupe Mobivia plus connu pour ses enseignes Norauto ou Midas). Voilà qui pourrait intéresser les autorités européennes de la concurrence. Le Syndicat du pneu n’exclut d’ailleurs pas des actions juridiques contre cet arrêté du 25 mars 2026.
[1] Texte de l’arrêté visible ici : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000053723090
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