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« L’activité dans le TRV est plutôt bonne, elle est repartie » JS Barrault, FNTV

TRM24 s’intéresse depuis quelques mois au transport routier de voyageurs en vous proposant articles et analyses. Comme le TRM, le secteur est confonté à des défis importants et doit faire face à un certain nombre de contraintes sociales, fiscales et économiques. Jean-Sébastien Barrault, président de la FNTV, nous a accordé un entretien durant lequel il revient sur le projet de loi de finances ou encore sur la pénurie de main d’œuvre.

TRM24 : Le projet de loi de finances (PLF) 2025 a été voté. Etes-vous satisfaits notamment concernant le plan pour les autocars express lancés par le précédent gouvernement ? :

Jean-Sébastien Barrault :

« Nous saluons la poursuite du soutien de l’Etat aux projets de cars express, qui sont une solution de mobilité essentielle pour de nombreux Français. Ce plan doit être doté de moyens suffisants pour développer ces services. La loi de finances pour 2025 crée de nouvelles modalités de financement des mobilités avec la possibilité pour les Régions de lever un versement mobilité, et le fléchage de 50 millions d’euros issus des crédits carbone. Nous sommes dans l’attente de la conférence de financement des mobilités annoncée par le ministre des transports au 1er semestre 2025 afin d’avoir une vision globale. »

 

TRM24 : un mot sur les contrôles des conducteurs de cars suite à l’accident tragique ayant coûté la vie à une lycéenne à Châteaudun le 30 janvier. Des éthylotest anti-démarrage (EAD) sont installés sur les véhicules aujourd’hui, peut-on imaginer un tel dispositif pour le contrôle de stupéfiants ?

Jean-Sébastien Barrault :

« L’accident de Châteaudun est une tragédie qui a profondément touchée notre profession. La sécurité des passagers est une priorité absolue pour nos entreprises. La FNTV est favorable aux évolutions qui permettent de renforcer les contrôles et de prévenir les comportements à risque. Concernant les stupéfiants, nous souhaitons en effet qu’un détecteur de stupéfiants fiable soit opérationnel rapidement afin d’éviter qu’un tel drame ne puisse se reproduire. »

 

TRM24 : le transport de voyageurs est exposé à la pénurie de conducteurs. L’attestation de droit à conduire sécurisée dont le décret est paru en décembre pourrait atténuer les effets de ce manque de main d’œuvre ?

Jean-Sébastien Barrault :

« La tension est moindre qu’elle ne l’était il y a quelques années en matière de recrutements. A la sortie du Covid, à partir de 2022, nous avons connu trois années particulièrement compliquées pour plusieurs raisons. Tout d’abord, notre profession avait été très impactée par les arrêts d’activité et nous avions perdu beaucoup de conducteurs, faute de travail à leur donner. Les effectifs de conduite avaient considérablement diminué. Plusieurs milliers de conducteurs sont partis vers le transport routier de marchandises. Nous avions perdu environ 5000 conducteurs. Et dès que notre activité est repartie, tous ces conducteurs nous ont fortement manqué. Nous avons eu une mobilisation générale du gouvernement, des collectivités et bien sûr des entreprises en faveur de l’emploi dans le transport routier de voyageurs. Et de nombreuses mesures ont été prises comme la création du CAP ou encore le permis D à 18 ans. L’apprentissage est courant dans le TRM mais nous ne l’avions pas dans le TRV. Désormais avec le CAP, nous créons des filières dans les lycées professionnels à l’instar de ce qu’il se fait dans le TRM. Cependant, il y avait un point qui nous contrariait particulièrement : quand nous formions des conducteurs en titre professionnel, nous devions attendre de très nombreuses semaines pour qu’ils aient leur permis permettant de commencer à conduire. C’était vrai également dans le TRM. Quand nous manquons de conducteurs, nous ne pouvons pas assurer tous nos services, et nous sommes pénalisés par le donneur d’ordre. Donc, quand nous avons des conducteurs disponibles mais qui restent au dépôt parce qu’ils n’avaient pas reçus leur permis, il faut reconnaître que cela exaspérait tous les chefs d’entreprise. Nous nous sommes vraiment battus pour cela, pour qu’à la fin de la formation, en quelques jours, ils puissent obtenir sur internet et télécharger l’attestation de droit à conduire qui les autorisent à conduire avant même d’avoir eu leur permis définitif. Cette mesure change la vie à tous les chefs d’entreprise. C’est une mesure de bon sens. »

 

TRM24 : qu’en est-il des créations et reprises d’entreprises de transport de voyageurs ? N’assiste-t-on pas à un vieillissement managérial ?

Jean-Sébastien Barrault :

« La situation économique du TRV est très différente de celle du TRM. L’activité dans le TRV est plutôt bonne, elle est repartie que ce soit dans le tourisme ou le transport occasionnel. Les pouvoirs publics se rendent compte que l’autocar est une solution aux problématiques environnementales et à la nécessité de décarboner la mobilité en France. Là où, et je le regrette, le camion est montré à tort par les pouvoirs publics comme pollueur, le transport de voyageur est montré comme une solution de décarbonation et non comme un problème. Nous avons une image de l’autocar aujourd’hui positive. Notre activité se développe massivement et nous sommes dans une situation économique extrêmement saine. En revanche, nous sommes dans un métier qui se complexifie terriblement. La transition énergétique est parfois effrayante pour les TPE et les PME. Les collectivités, nos clients, attendent que nous offrions des services aux voyageurs qui sont de plus en plus pointus en matière de numérique, d’informations en temps réel. Nous devons être en mesure d’avoir des applications qui disent que votre car va arriver dans x minutes. Les appels d’offre que lancent les collectivités sont de plus en plus complexes. Nous observons massivement dans notre secteur des regroupements de PME. Elles se rassemblent pour former des acteurs régionaux de taille significative. Concernant la transition énergétique, elle est bien avancée pour les bus car ce sont des véhicules qui font de très courtes distances quotidiennes et ils sont donc très près de leur centre d’exploitation. Un autobus RATP a une vitesse moyenne de 13 km/h. Dans une journée de 12 heures, il fait environ 150 kilomètres. Les constructeurs, pour les autobus, ont facilement trouvé des solutions décarbonées. En France, nous avons 66 000 autocars. Sur ce total, vous en avez 2 000 qui ne sont pas en diesel. Donc, pour l’autocar, nous avons du mal à trouver des solutions pertinentes, économiques et viables. »

TRM24 : la vision de certaines grandes autorités organisatrices de la mobilité (AOM) qui procèdent aux appels d’offres de matériels pour leurs services, dépossède les entreprises de l’aspect patrimonial de leur parc. Est-ce un sujet d’inquiétude pour vous ?

Jean-Sébastien Barrault :

« En tout cas, c’est un sujet qui fait débat. Il y a un certain nombre de collectivités qui considèrent que ce serait moins cher que ce soit elles qui achètent le véhicule et qu’elles le mettent à disposition des exploitants. La profession ne parle pas d’une seule voix sur le sujet. Il y a toutes les entreprises qui ont une approche patrimoniale, qui souhaitent valoriser leurs actifs afin de donner de la valeur à leur entreprise. Ces entreprises voient d’un mauvais œil la proposition d’un certain nombre de collectivités. A l’inverse, vous avez d’autres entreprises qui considèrent que les investissements à porter sont extrêmement lourds, que d’acheter ces véhicules coûtent chers. Et si c’est la collectivité qui porte les investissements, on leur retire une épine du pied. Nous n’avons pas une profession unanime sur le sujet. Nos marges sont très faibles et certaines considèrent que le retour sur investissement sera plus important si nous n’avons pas à acheter de matériel. »

 

TRM24 : les exigences RSE, l’arrivée en 2027 des systèmes d’échange de quotas carbone SEQE-2/ETS2 appliqués au monde des transports suscite-t-elle des besoins de formation ? Existe-t-il un chiffrage de l’impact financier de ces mesures sur les entreprises ?

Jean-Sébastien Barrault :

« Il est encore trop tôt. Cela suscite des inquiétudes, c’est une réalité. Ce sujet comporte des risques et des opportunités. Il y a un risque de surenchérissement de toute la filière thermique avec des énergies fossiles qui vont coûter plus chères, avec des véhicules thermiques qui, par ricochet, vont être plus onéreux alors que nous avons besoin de véhicules thermiques pour faire tourner toutes nos activités. Nous avons un peu de mal encore à mesurer toutes les conséquences de ces systèmes d’échange de quotas carbone. Mais ils vont bousculer profondément notre secteur, les constructeurs et les industriels. Pour les obligations RSE, c’est du quotidien, nos entreprises y sont assez familières. Elles savent les gérer. La plupart d’entre elles sont déjà labellisées RSE. Là-dessus, nous pouvons dire que nous sommes en avance. »

 

TRM24 : la formation initiale initiée vous donne-t-elle satisfaction ou souhaitez-vous une plus grande implication des ministères de l’Education Nationale et de l’Enseignement Supérieur ?

Jean-Sébastien Barrault :

« L’ensemble des organismes de formation a joué le jeu pendant la période COVID et surtout en sortie de COVID. Ils ont massivement déployé des moyens importants pour pouvoir former les conducteurs de transport routier de voyageurs au moment où nous en avions besoin. C’est aussi l’une des explications sur le fait que cela va mieux aujourd’hui. Pour la première fois dans l’histoire de l’AFTRAL, en 2024, ont été formés plus de conducteurs TRV que de conducteurs TRM. D’autre part, le fait que nous ayons des filières de l’éducation nationale qui forment au métier de conducteur TRV est nouveau. Autant c’était fréquent dans les marchandises, autant pour nous l’éducation nationale ne formait pas de conducteurs car nous n’avions pas le permis à 18 ans et de CAP. Donc cela fait 18 mois que nous commençons à ouvrir des filières de formation dans des lycées professionnels. Aujourd’hui, une quinzaine est ouverte. Ça démarre tout juste. Pour ouvrir une classe dans un établissement, nous devons trouver un formateur et un autocar, et un autocar coûte cher. Ce qui semble évident dans le TRM, où cela existe depuis des années, nous partons d’une feuille blanche. Il faut savoir qu’à la FNTV nous sommes souvent sollicités pour essayer de trouver un véhicule ou des subventions auprès des régions pour le financer. Concrètement, le TRM a 5% de ses conducteurs qui ont 25 ans ou moins, le TRV c’est 0,5%. Les personnes qui nous rejoignaient venaient dans leur deuxième partie de carrière. Nous étions jusqu’à aujourd’hui un métier de reconversion. Il n’y a pas de raison pour que, dans une dizaine d’années, nous n’ayons pas comme le TRM 5% de nos conducteurs qui ont moins de 25 ans. C’est l’objectif que je me fixe. »

 

TRM24 : les ZFE-m dans les plus grandes métropoles comme Paris et Lyon sont particulièrement restrictives. Comment vos adhérents gèrent-ils cela, tant pour le transport occasionnel que pour les Services Librement Organisés (SLO ou « cars Macron ») ?

Jean-Sébastien Barrault :

« Nous avons des demandes qui sont assez similaires pour le TRV et pour le TRM sur les ZFE. D’abord, nous demandons des calendriers raisonnables pour leur mise en place, d’uniformaliser les règles car, objectivement, un conducteur qui fait du transport national est obligé de partir avec un livre pour savoir les endroits où il a le droit de rentrer ou pas. En tout état de cause, il serait inacceptable d’interdire les vignettes Crit’Air 2 des ZFE, autrement dit les euro 6. »

One Response

  1. Bonjour, après lecture de votre article je souhaitais réagir. Je suis un « jeune » conducteur de car issue de la filière titre pro AFTRAL. Au cours des 3 mois de formation que j’ai reçu grâce à une formatrice extrêmement compétente j’ai réalisé la complexité de ce métier. En effet il s’agit pas simplement de conduire un car. Il est en effet extrêmement important de connaître toute la réglementation qui régi ce métier.
    Cependant j’ai été surpris de voir que parmi les candidats un avait du mal à comprendre à écrire ! Comment a t’il fait pour franchir les tests obligatoires pour accéder à cette formation. Au delà de cela il faut que des contrôles des tests soient mis en place pour vérifier en amont que le où la futur (re) conducteur trice n’est pas un consommateur de produits . Ce métier est très complexe, il ne faut pas passe droit. La sécurité des voyageurs en dépend.

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