Réunie en plénière, la Collectivité européenne d’Alsace (CEA) vient de voter favorablement et sans surprise pour l’écotaxe poids lourds. Le «R-Pass» devrait être de 0,15 euro par kilomètres pour les camions de plus de 3,5 tonnes circulant sur l’axe nord-sud (A35 et A36) et sur deux autres routes reliant cet axe à l’Allemagne. Sa mise en application est prévue début 2027.
La collectivité cherche à améliorer «la fluidité et la sécurité» de la circulation, à réduire «la pollution atmosphérique et sonore», à limiter la dégradation des routes et à «rééquilibrer le trafic de transit entre l’Allemagne et la France». Car de l’autre côté du Rhin, les autorités allemandes ont mis en place dès 2005 une taxe, portée à 0,34 euro par kilomètre en janvier 2024, créant ainsi, côté français, «un appel d’air naturel pour le trafic de transit» et déversant chaque jour des centaines de camions supplémentaires sur un réseau «pourtant déjà saturé», selon la CEA.
Les fédérations du secteur TRM ne décolèrent pas et ne comptent pas baisser les bras : « ajouter une nouvelle charge fiscale, c’est littéralement étouffer les entreprises sous le poids des taxes. La Collectivité européenne d’Alsace ignore volontairement la réalité économique, tentant de maquiller cette attaque comme un ajustement minime. En vérité, cette taxe est une bombe à retardement qui explosera au cœur même de notre économie locale et pénalisera le pouvoir d’achat des consommateurs alsaciens » a indiqué la FNTR.
La contestation est plus large. Pour un grand nombre d’acteurs économiques alsaciens, cette taxe pourrait porter un coup fatal à certaines entreprises du territoire. «L’économie alsacienne est déjà impactée par les crises successives que nous venons de traverser, sans compter la dégradation de l’économie allemande, à laquelle nous sommes très liés. Nous ne comprenons pas pourquoi la CEA fait peser un nouveau risque sur nos entreprises et l’emploi avec cette taxe», s’inquiètent, dans un communiqué commun, les trois présidents des chambres de Commerce, d’Agriculture et des Métiers d’Alsace, Jean-Luc Heimburger, Denis Nass et Jean-Luc Hoffmann.
Citant l’étude d’impact du cabinet Deloitte commandée par la CEA, ils avancent que cette taxe aboutirait à «prélever 64 millions d’euros par an sur l’économie», et pourrait entraîner la destruction de 1500 emplois en Alsace dans le secteur des transports, tout en renchérissant les prix pour les consommateurs.
Adressant un «faire-part de décès de la Compétitivité de l’économie alsacienne» ayant «succombé sous le poids du projet de taxe Bierry», un collectif d’entreprises a appelé à manifester devant le siège de la CEA, à Colmar, pour dénoncer un «passage en force». Les agriculteurs de la FDSEA ont également prévu de participer à la contestation.
Seule à soutenir le projet : la Fédération des Travaux publics d’Alsace qui souligne que les recettes seraient réaffectées à l’économie locale. La taxe doit notamment permettre de financer le passage à deux fois trois voies de la route reliant Colmar à Sélestat, un chantier de 150 à 200 millions d’euros.







