Face à la flambée des prix du pétrole et du gaz, on pourrait se dire que l’électrification des flottes pourrait constituer un refuge. Les données de RTE relativisent cet espoir. Depuis les débuts de l’offensive conjointe d’Israël et des Etats-Unis en Iran, les prix du pétrole et du gaz ont connu une période d’emballement brutale et spectaculaire. Mais, de façon contre-intuitive, ce phénomène se mesure également sur le prix du MWh électrique.
Sous très haute tension
Selon les données de marché publiées par Le réseau de transport d’électricité (RTE) via la page éCO2mix qu’a pu consulter TRM24, le prix du MWh électrique a également connu un emballement, Si l’on compare une semaine précédant l’offensive dans le golfe Arabo-Persique (du 16 février au 22 février 2026), période durant laquelle il était à 61,6 €/MWh hors taxes. Après le début des hostilités, sur la semaine du 2 au 8 mars 2026, il était passé à 115,08 €/MWh hors taxes.

Si les annonces de levées des embargos sur les exportations de pétrole Russe ont eu un effet de relative détente sur le marché du pétrole brut, la journée du mardi 10 mars 2026 reste sous très haute tension côté électricité. En effet, le prix moyen constaté par RTE pour la France a été de 150,17 €/MWh. Le nucléaire ne protège pas des hausses. L’Espagne, tant vantée par les tenants de l’éolien et du photovoltaïque, voit également son MWh augmenter dans des proportions encore plus spectaculaires.
Pour le transport routier auquel on vante la compétitivité du prix du KWh face au gazole, c’est une douche froide. Comment se fait-il que le MWh soit aussi sensible aux prix des autres énergies ?
L’enjeu de l’énergie pilotable et du dernier MWh appelé
En matière de tarification du MWh électrique, c’est un peu le principe du « dernier qui a parlé qui a raison ». Maxence Cordiez, ex-responsable des affaires publiques au CEA, actuellement expert associé sur les thématiques liées à l’énergie auprès de l’Institut Montaigne, l’a rappelé dans une de ses publications : « le prix spot de l’électricité dépend dans une large mesure du coût de production des dernières capacités électrogènes appelées sur le réseau, c’est-à-dire les centrales à gaz et à charbon. Cela affecte également à la hausse le coût variable de production des centrales électriques à gaz, donc le prix de l’électricité. » Avantage aux énergies pilotables en heure de pointe donc.
Ajoutez-y la volonté constante de l’Union européenne de « libéraliser » le marché de l’électricité, quitte à forcer le recours des fournisseurs aux marchés dits « spots » très volatils et exposés aux fluctuations. Selon la Commission de régulation de l’énergie (CRE), « la transposition en droit français de la directive européenne du 5 juin 2019 concernant les règles communes pour le marché intérieur de l’électricité prévoit l’obligation pour les plus gros fournisseurs de proposer au moins une offre de fourniture d’électricité à tarification dynamique ».
Lors de la dernière crise, liée à l’offensive de la Russie sur l’Ukraine, la CRE avait mis en place un régime dérogatoire assouplissant les modalités des offres à tarification dynamique (délibération du 27 juillet 2022). Le souci est que ce régime transitoire expire au 1er juillet 2026.
Promouvoir la tarification dynamique du MWh
Jusqu’au 13 mars 2026, la CRE procède d’ailleurs à un recueil d’avis sur la nouvelle définition « des offres à tarification dynamique ». Ses interrogations portent sur la définition des modalités de prise en compte des variations de prix de marché dans les offres à tarification dynamique. Elle entend également définir « l’estimation d’un « minimum » d’exposition aux marchés au comptant permettant de garantir la prise en compte du signal prix ; des idées complémentaires de mise en œuvre de la définition légale des offres à tarification dynamique » sans oublier « la fin du régime transitoire et la suppression du plafond de prix ».
L’alerte de ce mois de mars 2026 devrait pourtant inciter à la plus grande prudence. Mais on sait que de nombreux acteurs des énergies renouvelables vantent la tarification dynamique en invoquant les « prix négatifs » survenant l’été en milieu de journée. La tentation est grande, mais n’y a-t-il pas un ver dans le fruit ?
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Cette situation rappelle surtout à quel point les marchés de l’énergie restent interconnectés.
Même si l’électricité peut donner l’impression d’être décorrélée des tensions sur les hydrocarbures, le prix du gaz reste un facteur déterminant dans la formation du prix du MWh en Europe.
Pour beaucoup d’entreprises, cela souligne l’importance d’anticiper les renouvellements de contrats d’électricité et de suivre les évolutions des marchés énergétiques.
Joël Lassalle -ACIEB Energie