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Camions mythiques : Berliet Stradair, avoir du nez … ou pas

En mai 1965, la très sage et traditionnaliste marque Berliet lance sur le segment des camions de distribution le Berliet Stradair. Outre son style avant-gardiste, dû au styliste Philippe Charbonneaux, il se fera surtout connaître pour sa suspension pneumatique intégrale. Pour l’occasion, Berliet la baptise Airlam. C’est une première sur un camion voué à une grande diffusion.

Un moteur Perkins

La gamme de moteurs comprend en entrée de gamme (Stradair 5) un moteur Perkins 4.236 de 85ch pour culminer avec un bloc Berliet de 120ch connu des GAK sur les Stradair 40. La boîte de vitesses, à 5 rapports synchronisés a un carter en alliage léger et un pont arrière à simple réduction fait son apparition.

Pour frapper les esprits, la firme fait appel à Gil Delamare, célèbre cascadeur automobile qui réalisera quelques figures (très) libres largement relayées par la presse de l’époque. Cette démonstration allait-elle inspirer d’apprentis cascadeurs ? Toujours est-il que la suspension Airlam avait tendance à mettre (un peu trop) les conducteurs en confiance ce qui n’allait pas sans quelques fâcheuses conséquences pour les marchandises ou… les coûts de garantie. Le mythe de la Citroën DS était passé par là. Il faut dire que son architecture de suspension est étonnamment moderne, même avec le regard d’aujourd’hui : quatre coussins à l’arrière, correction d’assiette et plancher à hauteur constante, barres de torsion à l’avant et suspension de cabine en 3 points.

Quand Paris se venge de Lyon

Tout allait dans le meilleur des mondes, avec un beau départ commercial à la clef, jusqu’au moment où la Ville de Paris adopte un règlement très restrictif sur le gabarit des véhicules pouvant stationner dans cette commune : le règlement dit Zone Bleue rendu applicable le 1er avril 1966. La plaisanterie n’est pas vraiment appréciée à Vénissieux car elle condamne le modèle pour les missions sur l’agglomération parisienne. Les véhicules de plus de 3.5t de PTAC et d’une surface au sol de plus de 10m2 ne peuvent plus y stationner.

C’est vraiment une catastrophe pour le Berliet Stradair doté d’une cabine semi avancée au long capot. Le Berliet Stradait ne pourra plus dès lors faire qu’une carrière provinciale. Sa production cessera en 1970 de façon fort prématurée après seulement 6 000 exemplaires produits. Mais la partie centrale de la cabine sera réutilisée, cette fois-ci pour faire une vraie cabine avancée sur la gamme Berliet KB et Citroën-Berliet à partir de 1968. Elle perdurera, dans différentes configurations jusqu’en 1985 (notamment pour les double-cabines à usage des sapeurs-pompiers). Comme quoi, l’histoire abonde de règlementations tueuses de camions, à Paris comme à Bruxelles.

One Response

  1. La réglementation ne tue pas que les camions, elle a aussi tué les bus avec remorques (100 bus+remorque roulent chaque jour à Munich)

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