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« Le mouvement vers l’électromobilité est trop lent et très long » Christian Levin, CEO de Scania

À l’occasion du forum Next Mile Paris consacré au transport durable (Sustainable Transport Forum), organisé hier par Scania à la Maison de la Radio et réunissant transporteurs et chargeurs, Christian Levin, PDG du groupe suédois, s’est exprimé lors d’un point presse avec les journalistes sur la décarbonation du secteur. Il n’a pas hésité à qualifier le développement de l’électromobilité de « trop lent et très long ». Le dirigeant a également évoqué plusieurs pistes de solutions, notamment la réduction des coûts d’exploitation des camions électriques. TRM24 revient sur les déclarations de Christian Levin.

Réduire les coûts d’exploitation pour les camions électriques

« Le mouvement vers l’électromobilité est trop lent (…). La seule solution est de réduire les coûts d’exploitation pour les camions électriques. Même avec l’aide à 100 000 euros, passant de 250 000 à 275 000 euros en moyenne par camion, à 175 000€ en moyenne, ça représente au final 20% du coût d’exploitation. Donc, ce n’est pas là que cela se joue, cela se joue sur tous les autres coûts. L’électricité coûte moins que le gazole par kilomètre. Là, c’est déjà gagnant, mais ce n’est pas assez gagnant. Donc, il faut créer un écart encore plus grand entre le coût par kilomètre de diesel et le coût par kilomètre de l’électricité » a indiqué devant les journalistes Christian Levin.

Avant d’ajouter : « Le Danemark a enlevé toutes les taxes sur le coût de la recharge (…). En une année, pour nous cela a augmenté par quatre la pénétration de l’électrique. (…) C’était un « game changer », comme on dit en anglais. L’Allemagne a décidé de mettre le péage à zéro euro sur les autoroutes si on roule électrique. Ce sont des dizaines de milliers d’euros par mois. » 

Mettre en place un système à long terme

Le dirigeant de Scania reste sceptique sur les aides accordées par le gouvernement français. « Le prime d’achat à court terme ne va pas vraiment aider. Il faut mettre un système à long terme avec une vraie visibilité au niveau de l’exploitation », un sujet revenu tout au long de la journée d’échanges à la Maison de la Radio. « Cela ne suffit pas d’être à parité. Il faut qu’il y ait un delta positif pour celui qui doit investir et qui peut être une petite société familiale, où la vie de la famille dépend des petits profits qu’on fait. Et on n’a pas d’autre alternative. Si jamais on ne peut plus utiliser son équipement, on est mort. Il faut de la certitude.  (…) Évidemment, sur du long terme, le meilleur serait d’augmenter le coût du carburant fossile via le coût du CO2. Et comme ça, automatiquement, cela va se régler. Et pourquoi ça tarde ? Parce qu’il y a trop de pays en Europe qui disent non. Comme pour le règlement AFIR : on est à seulement 20% de l’objectif. On est en retard et après on dit « vous les constructeurs vous devez payer des amendes parce que vous avez été trop lents ». Il a rappelé à cette occasion que les marques Scania et Volvo ont livré dès 2019 leurs premiers camions à batteries.

Blocage sur la révision de la directive Poids et dimensions

Christian Levin est revenu sur le blocage sur la révision de la directive Poids et dimensions, et notamment sur la charge à l’essieu. A ce jour, on ne peut pas bénéficier du bonus batterie du fait de la limite de charge à l’essieu. « On a eu notre conseil d’administration à l’ACEA la semaine dernière à Bruxelles, et on a constaté que la proposition qui a été faite durant la présidence du Danemark est complètement nulle. Elle nous fait reculer au lieu d’avancer. Il n’y a aucun avantage pour les véhicules électriques avec ce qu’ils proposent. Au contraire, ça va être encore plus cher. Nous avons dit dès le début ce qu’il fallait faire : Il faut retrouver les 4 tonnes de charge utile. Il faut faire le calcul par essieu comme cela doit être fait. On a fait la proposition pour le trafic intra-Européen. Ils ne veulent pas. Ils disent qu’il y a une opinion politique qui a peur des véhicules plus lourds. Ce qui est stupide comme pour les véhicules plus longs, les doubles trailers. Pourtant, tout ça fonctionne très bien [en Scandinavie ou en Espagne NDLR]. »

Le forum Next Mile Paris consacré au transport durable organisé par Scania à la Maison de la Radio.

L’impossibilité d’atteindre les objectifs CO2 ?

« Concernant l’objectif européen du règlement CO2, nous avons investi pour répondre à 50% du volume 2030. Pour nous, en Europe, sur environ 30 000 camions prévus, l’année dernière -un seuil pour amortir les investissements requis-, on n’a même pas livré un millier. Y être en quatre ans, évidemment, ce ne sera pas possible ; même si tout change. » a précisé Christian Levin, CEO de Scania.

Avant d’ajouter : « Ça ne va pas être une catastrophe totale parce qu’en même temps, on a vendu beaucoup de véhicules classiques où on gagne de l’argent. Mais on a investi trop. Pour une société ou un groupe comme le nôtre, ce n’est pas bon. Le bilan est plein de chiffres qui prouvent qu’il n’y a pas de retour sur investissement, point qui doit être compensé par les autres activités que nous faisons. »

Le patron de Scania n’a pas mâché ses mots non plus sur les éventuelles amendes qui pourraient être imposées aux constructeurs en cas de non-respect des objectifs CO2 : « L’autre absurdité que Bruxelles a décidée : ce sont les producteurs de camions qui paieront si le système n’atteint pas les résultats. Ce qui est bizarre : s’ils avaient interdit les véhicules à moteur thermique, il n’y aurait pas eu de choix, Le choix aurait été fait par les politiques et tout le monde aurait dû impérativement changer. Ça ils ne l’ont pas dit et ils ont laissé le choix aux transporteurs. »

Un appel au dirigisme ou à la planification « à la chinoise ?

Christian Levin reconnaît la cohérence des mesures prises dans ce pays, par opposition à ce qui se passe en Europe. « Une chose qui n’est pas du tout acceptable vis-à-vis de l’industrie européenne. Non seulement, nous ouvrons les frontières et disons aux Chinois : vous pouvez vendre ce que vous voulez ici, en même temps, nous constructeurs européens, on nous oblige de faire des investissements sans nous aider pour les ventes. Si je me sens un petit peu irrité, c’est parce que je trouve que c’est complètement débile ce qu’on est en train de faire en Europe. » Ne croyez pas que Christain Levin soit pour autant un adepte de la fermeture des frontières, c’est un polyglotte accompli qui ne manque pas une occasion de rappeler les performances de l’usine Scania d’Angers.

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