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L’hydrogène, une priorité pour les poids lourds

Selon le baromètre du Marché de l’Energie de Grenoble Ecole de Management (GEM) qui a interrogé plus d’une centaine d’experts français de l’énergie, l’hydrogène est une priorité pour les poids lourds et ne doit pas être une généralisation pour les voitures et l’aérien. Loin du discours politique.

« L’hydrogène suscite de nombreux espoirs aussi bien dans le milieu politique qu’industriel. En accord avec la stratégie européenne du « Green Deal », qui considère l’hydrogène comme essentiel pour la transition écologique, la France attribue 2 milliards d’euros à cette filière d’ici 2022 et 7 milliards d’ici à 2030 dans le cadre de son plan de relance. L’hydrogène suscite cependant aussi des interrogations, voire même de la méfiance et des doutes » rappellent en introduction les auteurs.Selon les 144 experts interrogés, pour 60% d’entre eux, le transport routier (poids lourds) devrait être développé en priorité pour l’hydrogène en France. 40% estiment qu’il est également prioritaire pour les transports en commun (bus, car) et 11% pensent qu’il l’est pour le transport en véhicules légers (livraisons). Le transport maritime, ferroviaire et aérien arrivent bien après avec respectivement : 32%, 28% et 11%.

En clair, l’avis des experts est bien loin l’analyse qu’en fait le gouvernement sur l’hydrogène, estimant que le maritime et l’aérien devraient en bénéficier en premier lieu avant même le transport routier.

Les auteurs concluent que « la priorité donnée à l’hydrogène par les experts au transport routier lourd s’explique notamment par l’autonomie que confère celle-ci, notamment par rapport aux batteries électriques : la pile à combustible offre une autonomie comparable à celle d’une mécanique diesel, avec un réservoir hydrogène rempli en quelques minutes. Ces caractéristiques sont donc prometteuses pour les poids-lourds qui réalisent de longs trajets et pour qui il est indispensable de pouvoir proposer un temps de recharge court. »

En revanche, l’étude met en avant l’aspect peu environnemental encore aujourd’hui de l’hydrogène. « Aujourd’hui, 95% de l’hydrogène consommé en France est ce que l’on appelle de l’hydrogène gris, produit par vapo-réformage du méthane (équivalent à 2%-3% des émissions de CO2 nationales). Pour devenir une filière d’avenir, il est nécessaire de décarboner la production d’hydrogène. » Soit en électrifiant la production d’hydrogène. L’électrolyse de l’eau permet de produire de l’hydrogène « jaune » à partir d’électricité nucléaire ou de l’hydrogène « vert » à partir d’électricité renouvelable. Il est également possible de produire de l’hydrogène « bleu », obtenu par vapo-réformage du méthane, comme pour le gris, mais avec du captage du dioxyde de carbone.

62% des experts pensent que l’hydrogène le plus consommé en 2030 serait produit à partir de l’électrolyse de l’eau. Cela fait échos aux observations de l’Agence Internationale de l’Energie qui observe une forte augmentation des capacités d’électrolyse dans le monde. Par contre pour une majorité des experts, cet hydrogène bas carbone sera produit à partir d’énergie nucléaire (opinion de 52% des experts). En effet, seuls 10% pensent que l’électricité proviendrait des énergies renouvelables en 2030. Les obstacles majeurs mis en avant par les experts sont : le coût élevé et le rendement faible des électrolyseurs et des piles à combustible, la pénurie relative d’électricité renouvelable, etc.

Hervé Rébillon
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