Selon le dernier rapport IRU x Upply x Ti, la hausse spectaculaire du prix du diesel est le facteur clé qui bouleverse le transport routier en Europe. Au premier trimestre 2026, le litre est passé de 1,56 € à 1,96 €, soit +26 %, sous l’effet des tensions géopolitiques. Cette explosion des coûts contraint les transporteurs à augmenter leurs tarifs pour préserver leurs marges.
Des tarifs contractuels tirés vers le haut par les coûts énergétiques
Dans ce contexte, les tarifs contractuels de transport routier ont fortement progressé, atteignant 140,1 points au premier trimestre 2026. Cette hausse de 3,2 points sur un trimestre et de 8,9 points sur un an illustre une tendance de fond : les contrats, souvent indexés ou renégociés périodiquement, intègrent progressivement l’augmentation des coûts, notamment ceux liés au carburant. La dynamique est renforcée par une reprise modérée de l’activité industrielle en Europe, comme en témoigne un indice PMI manufacturier repassé en zone d’expansion.
La production et la stabilisation des commandes soutiennent la demande de transport contractuel, ce qui permet aux transporteurs de répercuter plus efficacement les hausses de coûts que sur le marché spot. Ainsi, le carburant agit comme un levier structurel de renchérissement des contrats.
Des tarifs spot temporairement en retrait mais sous pression
À l’inverse, les tarifs spot ont reculé à 132,3 points au premier trimestre, en baisse sur un trimestre et sur un an. Cette évolution s’explique principalement par une demande plus faible en début d’année, une saisonnalité classique après le pic de fin d’année, ainsi que par la prudence des consommateurs européens dans un contexte économique incertain. Toutefois, cette baisse apparaît conjoncturelle. La hausse rapide et continue des prix du carburant exerce une pression croissante sur les transporteurs opérant sur le marché spot, où les marges sont plus faibles et les ajustements plus immédiats. À mesure que les coûts énergétiques s’installent durablement à des niveaux élevés, un retournement à la hausse des tarifs spot est attendu à court terme.
Des tensions énergétiques élargies et des risques supplémentaires
La flambée du diesel ne constitue pas la seule source d’inquiétude. D’autres facteurs liés à l’énergie viennent aggraver la situation. Les hausses de péages, particulièrement marquées en Pologne (+33 % au premier trimestre), augmentent encore les coûts d’exploitation. Par ailleurs, des incertitudes pèsent sur l’approvisionnement en AdBlue, un additif indispensable aux camions diesel et largement produit dans des zones géopolitiquement sensibles. En parallèle, certaines raffineries pourraient privilégier la production de kérosène au détriment du diesel, accentuant les tensions sur l’offre.
Les réponses des États européens (plafonnement des prix, baisse des taxes, TVA réduite) restent fragmentées, créant des écarts de prix importants entre pays et favorisant des phénomènes comme le tourisme du carburant, qui déséquilibrent davantage le marché.
Des perspectives dominées par le facteur carburant
Pour les mois à venir, le carburant devrait rester le principal déterminant de l’évolution des tarifs de fret routier en Europe. Même en cas de ralentissement de la demande, l’ampleur des hausses de coûts énergétiques empêche les transporteurs d’absorber ces charges sans ajuster leurs prix. Les indicateurs de marché confirment cette tendance, avec une amélioration du sentiment des acteurs et des anticipations clairement orientées à la hausse.
Le secteur entre ainsi dans une nouvelle phase où les pressions sur les coûts, et en premier lieu le carburant, prennent le pas sur la demande comme moteur des prix. La question centrale devient désormais la vitesse et l’ampleur avec lesquelles ces hausses seront répercutées sur l’ensemble du marché, dans un contexte toujours marqué par l’incertitude énergétique et géopolitique.







