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Camions Mythiques : la saga de la cabine Club des Quatre

Une fois n’est pas coutume, nous allons évoquer ici non pas un camion mais une cabine qui a porté au moins six marques différentes entre les années 1970 et la fin des années 1990 entre l’Europe et les USA.

Les cabines basculantes

Années 1960 : années où la croissance économique dynamise tous les pays d’ Europe de l’ouest. Les constructeurs de camions doivent accroître les cadences, et investir en conséquence sous peine d’être marginalisés (comme FAUN, Panhard ou Willème) ou rachetés (comme Krupp ou Büssing). Les besoins de confort, et d’accessibilité (tant pour le conducteur que pour les mécaniciens) amènent au rapide développement des cabines basculantes. Encore des investissements en vue. Pour faire face à ces coûts considérables en développement et outillages, plusieurs constructeurs envisagent à l’aube des années 1970 de se regrouper. C’est ce que l’on appellera le Club des Quatre.

Parfois, cette cabine est appelée ETD (en référence à la Société européenne de travaux et développements). On retrouve à la manœuvre Saviem qui a l’habitude de ces partenariats (cf les accords commerciaux et de licence avec MAN ou Alfa-Romeo). Magirus Deutz, DAF et Volvo font partie des partenaires. Sans surprise, la cabine Club constituera le cœur des gammes basses ou moyennes de ces marques. Au lancement, il s’agit de la variante étroite simple puis double cabine (notamment pour les véhicules d’incendie et de secours).

Une cabine, pléthore de moteurs

Cela donnera naissance aux Volvo F4 et F6 qui ouvriront la voie au Volvo FL au milieu des années 1980. Pour Volvo certaines adaptations seront nécessaires afin de se conformer aux exigences réglementaires suédoises. La cabine Club servira également d’entrée de gamme chez DAF avec la série F700-F1500. La reprise de Leyland Trucks en 1987 va en sonner le glas chez DAF qui créera le DAF LF en partant du Leyland Freighter. Même régime chez Magirus Deutz où elle servira de base à la lignée des MK, tous (initialement) à motorisation Deutz. Au sein du catalogue Saviem, elle constitue le milieu de gamme J. La marque en fera une variante large, référence 875, que l’on retrouvera aussi pour certains Iveco à refroidissement liquide , notamment pour les camions de pompiers Magirus -les derniers à en être équipés au début des années 1990_ et les derniers modèles tout-terrains à capots (dont ceux l’expédition Overland).  La variante large fera sa première apparition chez Savien en gamme H à partir de 1977. Tout ce petit monde apparaît entre 1975 et 1976 sous les badges des marques faisant partie du Club des Quatre. Les différences portant sur les calandres et positionnement de phares et clignotants. Mais le jeu de bonneteau industriel va vite se compliquer.

La cabine Club aux USA

En 1978, cette cabine large va porter la marque Berliet, première étape de la fusion dans Renault Véhicules Industriels. Processus qui va s’achever en 1980 avec la création de la marque Renault Véhicules Industriels. En cinq ans, rien que dans le camp français, cette cabine avec toutes ses variantes (qui vont donner la gamme G puis Manager) a arboré trois marques différentes ! Mais ce n’est pas tout : la cabine Club va faire carrière aux USA ! La prise de participation dans Macken 1979, se conclura par une acquisition complète en 1990 par Renault Véhicules Industriels. Cela ouvre la voie à des coopérations comme la création de la série d’entrée de gamme Mack MS appelée Mid-Liner aux USA. Un nom que reprendra à son compte RVI en un seul mot, pour les dernières générations de Renault séries S et M. Mais Iveco Pour l’anecdote, aux USA elle existera en variante à capot. Un développement que l’on verra aussi pour les gammes chantier Renault CBH. Renault sera le dernier constructeur à l’exploiter avant le passage à la cabine Midlum en 1999.

Un fief Normand

L’héritage de la cabine Club se poursuit aujourd’hui alors que le modèle d’origine n’existe plus et que les liens se sont distendus (avec Magirus Iveco ou DAF Trucks) ou, au contraire, renforcés au point d’aboutir à une fusion (Volvo AB et Renault Véhicules Industriels). Car c’est le site (ex-Saviem) de Blainville-sur-Orne qui a été, et demeure toujours, le fief de cette famille de taille moyenne. La cabine du Renault Midlum, rebadgée D chez Renault ou FL chez Volvo sort de cette usine. Ironie de l’histoire, DAF Trucks est toujours de la partie ! Un temps menacé, cette collaboration initiée pour le DAF LF de l’année 2001 a été finalement reconduite à l’occasion du lancement du DAF XB fin 2023.

Mais la lignée héritée du Renault Midlum ne passera pas les normes de 2032. Parallèlement, une nouvelle génération de cabine pour les gammes hautes appelée HD termine sa phase de développement à Umea (Suède). Elle fusionnerait avec le segment des Renault D Wide et Volvo FE. De quoi préoccuper les salariés de l’usine de Blainville-sur-Orne qui pourraient perdre la production de la gamme basse actuelle (Medium Duty, alias Renault D et Volvo FL). Serait-ce au bénéfice d’Isuzu Motors, le groupe nippon ayant repris UD Trucks en 2021 à Volvo AB ?.

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