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Ce que dit le Plan industriel de l’UE pour les véhicules lourds

La Commission européenne a dévoilé mercredi son plan d’action industriel visant à renforcer la transition vers les véhicules zéro émission dans le secteur de l’automobile et du transport routier. Ce programme ambitieux vise à accélérer l’adoption des camions électriques et à soutenir la compétitivité de l’industrie automobile européenne.

Une flexibilité accrue pour les constructeurs

Dans le cadre de ce plan, la Commission proposera avant la fin du mois une modification du règlement sur les normes CO2 pour les voitures et camionnettes. Cette mesure offrirait aux constructeurs la possibilité de lisser leurs performances en matière d’émissions sur une période de trois ans (2025-2027), leur accordant ainsi plus de flexibilité. Toutefois, aucune précision n’a été apportée quant à une éventuelle révision du calendrier des normes CO2 pour les poids lourds et les autocars.

L’UE s’est fixé un objectif ambitieux : porter la part de marché des poids lourds zéro émission de 2 % à 35 % en moins de cinq ans. Cependant, selon Christian Levin, président du conseil d’administration de l’ACEA Commercial Vehicle et PDG de Scania, « les conditions nécessaires à cette transition ne sont pas encore réunies. Il regrette que le plan d’action ne comprenne pas une révision accélérée des normes CO2 pour les véhicules lourds avant 2025 ».

Allégement des taxes pour les véhicules zéro émission

Pour inciter à l’adoption des poids lourds électriques, la Commission a annoncé une modification de la directive Eurovignette. Celle-ci vise à prolonger l’exonération totale des redevances routières pour ces véhicules au-delà du 31 décembre 2025. Une décision qui pourrait encourager les transporteurs à investir dans des flottes plus écologiques.

Bien que la Commission ne présente pas de mesures nouvelles spécifiques aux camions et aux autocars, elle appelle à une adoption rapide de la révision de la directive sur les poids et dimensions des véhicules. Cette réforme permettrait de stimuler la compétitivité et l’investissement dans les camions zéro émission et de faciliter la décarbonisation du transport routier.

Des mesures controversées pour les entreprises

Le plan prévoit également d’imposer des obligations d’achat de véhicules électriques aux entreprises via une future loi sur l’écologisation des flottes. Une mesure critiquée par l’IRU (International Road Transport Union), qui craint qu’elle ne fausse le marché et ne pousse de nombreux opérateurs à la faillite.

Dans une annonce surprenante, la Commission européenne envisage de soutenir l’adoption de bus propres fabriqués en Europe. Ce soutien pourrait se traduire par une aide financière pour la conversion des parcs et des dépôts, ainsi que par une meilleure coordination de la demande ou des incitations fiscales pour les municipalités.

Un appui renforcé à l’industrie des batteries

L’UE entend également consolider l’industrie européenne des batteries en mobilisant des fonds via le Fonds pour l’innovation. Des financements supplémentaires seront accordés aux entreprises produisant des batteries, avec une attention particulière aux critères de résilience des composants.

La Commission indique qu’elle travaillera avec les États membres sur une initiative de corridor de transport propre européen qui accélérera le déploiement de plateformes de recharge pour véhicules lourds le long des principaux couloirs logistiques du RTE-T.

Une stratégie trop axée sur l’électrique ?

Si l’IRU salue les incitations prévues pour encourager l’adoption des véhicules zéro émission, elle exprime son inquiétude face à l’absence de diversité technologique dans le plan. Selon l’organisation, seules les technologies électriques à batterie sont mises en avant, au détriment des carburants neutres en carbone, des biocarburants et de l’hydrogène. Cette orientation est confirmée par le Clean Industrial Deal récemment publié, qui ne mentionne l’hydrogène que pour l’aviation et le transport maritime.

Une alliance européenne pour les véhicules connectés

Enfin, la Commission prévoit de créer une alliance européenne dédiée aux véhicules connectés et autonomes. Cette initiative rassemblera les acteurs du secteur automobile afin de développer les technologies et les infrastructures numériques nécessaires aux véhicules de nouvelle génération.

Si le plan industriel de l’UE marque une étape importante vers la décarbonisation du transport routier, il suscite encore de nombreuses interrogations. L’absence d’une approche technologique diversifiée et les obligations imposées aux entreprises pourraient freiner la transition. Une adoption rapide des nouvelles réglementations et un soutien financier renforcé seront donc cruciaux pour atteindre les objectifs ambitieux fixés par l’Union européenne.

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