Les dirigeants et représentants des salariés des constructeurs européens de camions et d’autobus ont adressé une lettre conjointe à la Commission européenne afin d’alerter sur la dégradation de la compétitivité du secteur des véhicules utilitaires. Cette initiative commune, rare dans l’industrie, traduit une inquiétude profonde face aux menaces qui pèsent sur l’avenir du secteur en Europe.
Une mobilisation commune des employeurs et des salariés
Les signataires estiment qu’en l’absence d’une réponse rapide et coordonnée, l’Europe pourrait perdre une partie importante de ses capacités de production, de son avance technologique ainsi que de nombreux emplois industriels.
Bien que l’industrie européenne des véhicules utilitaires conserve une position de leader mondial, les acteurs du secteur considèrent que cet avantage n’est plus garanti. Ils soulignent l’intensification de la concurrence internationale, portée par des régions bénéficiant de coûts de production plus faibles, de réglementations différentes et de stratégies industrielles particulièrement offensives.
Cette pression croissante fragilise l’ensemble de la filière, depuis les constructeurs jusqu’aux fournisseurs et aux salariés, dans un contexte où les investissements nécessaires à la transition énergétique sont considérables.
Une transition écologique freinée par les infrastructures
Les industriels rappellent néanmoins leur engagement en faveur des objectifs climatiques européens. De nombreux modèles de camions et d’autobus zéro émission sont déjà commercialisés, preuve selon eux de la capacité d’innovation du secteur.
Cependant, l’adoption de ces véhicules reste limitée par plusieurs difficultés structurelles. Le déploiement des infrastructures de recharge publiques et privées avance trop lentement, tandis que les infrastructures de ravitaillement en hydrogène demeurent insuffisantes. À cela s’ajoute l’absence de modèles économiques suffisamment solides pour convaincre une grande partie des transporteurs d’investir massivement dans ces nouvelles technologies.
Trois axes d’action réclamés à l’Union européenne
Dans leur lettre, les signataires demandent en priorité une révision anticipée du règlement européen sur les émissions de CO₂ des véhicules lourds. Ils souhaitent évaluer si les objectifs fixés correspondent réellement aux conditions actuelles du marché. Selon eux, le cadre réglementaire en vigueur risque d’augmenter fortement les coûts de production et d’accélérer la désindustrialisation sans garantir une transition écologique plus rapide.
Ils appellent également à accélérer le développement des infrastructures de recharge et de ravitaillement en hydrogène grâce à des objectifs plus contraignants pour les États membres et à un renforcement du règlement AFIR. Les industriels jugent aussi indispensable de mettre en place des politiques de soutien et des mécanismes d’incitation financière afin de réduire le coût d’exploitation des véhicules propres pour les transporteurs.
Enfin, les représentants du secteur réclament l’élaboration d’une véritable stratégie industrielle européenne dédiée au transport routier commercial. Celle-ci devrait permettre de concilier compétitivité économique, décarbonation et maintien d’emplois industriels de qualité.
Un appel au dialogue avec Bruxelles
Les signataires concluent leur démarche en demandant l’ouverture d’un dialogue étroit avec la Commission européenne et les États membres. Ils réaffirment leur volonté de travailler conjointement à des solutions capables de préserver la puissance industrielle européenne tout en poursuivant les ambitions climatiques de l’Union.
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