Jean-Marie Fiévet (EPR, Deux-Sèvres) et Gérard Leseul (SOC, Seine-Maritime) ont présenté ce mercredi 20 mai à la presse les conclusions de la mission d’information « flash » sur la décarbonation des poids lourds. 21 recommandations visant à donner un « coup de boost » aux camions électriques. Parmi lesquelles : porter la limite associée à l’essieu moteur de 12 à 14 tonnes afin de garantir une charge utile proche des camions thermiques, développer le marché d’occasion des poids lourds électriques, ou encore baisser le prix du péage jusqu’à 75% pour les camions zéro émission.
Objectif de la mission
Créée le 28 janvier 2026 par la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire, la mission d’information « flash » avait pour but d’identifier les obstacles à la décarbonation des poids lourds en France et de proposer des mesures capables d’accélérer la transition vers des véhicules électriques.
Les rapporteurs considèrent que l’électrification des poids lourds représente un enjeu à la fois environnemental, énergétique et industriel. Au-delà de la réduction des émissions du transport routier, cette transition permettrait de renforcer la souveraineté énergétique de la France en réduisant la dépendance au diesel et aux fluctuations du marché international. Ils soulignent également que deux tiers des poids lourds électriques immatriculés en France en 2025 ont été assemblés sur le territoire national, ce qui constitue un atout pour l’industrie française.
Des aides publiques renforcées
Le Gouvernement a annoncé un plan d’électrification prévoyant une hausse importante des aides à l’achat de camions électriques. À partir du 1er juin 2026 et jusqu’en 2029, l’aide pourra dépasser 100 000 euros pour les camions les plus lourds, contre 61 000 euros auparavant. Selon les rapporteurs, ce soutien public temporaire est nécessaire pour accélérer la transition avant que les camions électriques ne deviennent naturellement plus compétitifs à l’horizon 2030.
Malgré une progression des immatriculations depuis 2023, la dynamique reste insuffisante pour atteindre l’objectif de la SNBC 3, qui prévoit 50 % de poids lourds décarbonés en 2030. Les députés rappellent que les camions électriques demeurent aujourd’hui moins compétitifs que les modèles diesel. Leur coût total d’utilisation reste supérieur de 10 à 30 %, tandis que leur prix d’achat est particulièrement élevé : environ 320 000 euros pour un camion électrique de 44 tonnes contre 125 000 euros pour un modèle diesel équivalent. Toutefois, les rapporteurs estiment que la massification de la production pourrait rendre les camions électriques plus avantageux économiquement d’ici 2030.
Les travaux de la mission
Pendant quatre mois, les rapporteurs ont conduit de nombreuses auditions et tables rondes réunissant constructeurs, transporteurs, donneurs d’ordre, représentants de l’État et acteurs européens. Ils ont également effectué plusieurs déplacements auprès d’entreprises et de constructeurs spécialisés dans les véhicules décarbonés afin d’évaluer concrètement les difficultés rencontrées sur le terrain.
Les principales propositions
Les députés proposent plusieurs mesures pour accélérer l’adoption des poids lourds électriques. Ils souhaitent notamment adapter la réglementation afin d’autoriser une charge utile plus importante pour compenser le poids des batteries, en relevant la limite de charge de l’essieu moteur de 12 à 14 tonnes.
Ils recommandent aussi une forte réduction des péages pour les camions zéro émission (de 75% entre 2026 et 2029 et de 50% en 2031-2031 puis 25% d’ici 2033 ) ainsi qu’une baisse de 25 % de la TICFE pour les transporteurs utilisant des véhicules électriques.
Le rapport insiste également sur la nécessité de développer un marché de l’occasion des camions électriques, notamment grâce au remplacement des batteries en fin de vie afin d’améliorer la valeur résiduelle des véhicules.
Enfin, les rapporteurs mettent en avant l’urgence de renforcer les infrastructures de recharge. Face aux coûts et aux délais de raccordement électrique, ils proposent d’étendre les mécanismes de mutualisation des coûts de raccordement au réseau public de distribution d’électricité.







