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Le marché des poids lourds se stabilise malgré des incertitudes pour 2025

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Hier, lors d’une conférence de presse à Paris, la Chambre Syndicale Internationale de l’Automobile et du Motocycle (CSIAM) a fait le point sur l’évolution du marché français des véhicules industriels. Le segment des poids lourds a enregistré une stabilité notable en 2024, avec 47 201 immatriculations. Ce volume, qualifié de « très haut » par la CSIAM, a toutefois connu un léger recul de 0,3 % par rapport à l’année précédente.

Si ces chiffres témoignent d’une certaine résilience du marché, les perspectives pour l’année à venir suscitent davantage d’inquiétudes. En effet, l’année 2024 a été marquée par un niveau de commandes particulièrement faible. Une situation qui, selon la CSIAM, pourrait entraîner une diminution significative des immatriculations en 2025.

« Nous avons dû traiter tout ce qui était en retard par rapport à l’effet Covid. On est revenu à une situation normale en 2024. Mais il subsiste une incertitude sur le financement même si la demande est là. Il y a une vraie demande de renouvellement du parc. Cependant, les clients ont besoin de visibilité. Ils attendent que la Loi de finances soit finalisée et sont en attente des taux de financement » a déclaré Benoit Tanguy, président de Scania France et tout nouveau président de la CSIAM.

Le dynamisme des porteurs

Les porteurs ont profité d’un rattrapage des retards de livraisons chez les carrossiers constructeurs. « L’écart de performance entre porteur et tracteur est une question de délais de carrossage » a commenté la Csiam. Leur volume a progressé de 14,9% (21 689) unités) alors que celui des tracteurs a chuté de 10,3% (25 512 unités). « Nous avons livré tout ce que nous avions en porteurs. Ce fut comme un goulot d’étranglement. Mais on ne peut pas dire que le porteur domine le marché » a tenu à préciser Benoit Tanguy.

Le marché des utilitaires fragilisé

Les immatriculations neuves en VUL (-3,5T) progressent dans l’ensemble (+1,1%) (379 746 unités), en revanche celles concernant le segment 3,5-7,5T chutent de 28,4% (3447 unités). « La location de courte durée a contribué à cette croissance sur 2024. Et nous avons constaté une effervescence autour des Jeux Olympiques. Ce sont des tonnages qui vont évoluer dans l’avenir » a déclaré le président VI de la Csiam.

L’électrique gagne des points

Le diesel reste dominant sur l’ensemble des segments : 77,6% (pour les VUL), 72,9% (pour les utilitaires) et jusqu’à 89,7% (pour les poids lourds). L’essence suit chez les VUL (11%), l’électrique chez les utilitaires (18,5%) et le B100 pour les poids lourds.

Cependant, l’électrique avance doucement mais sûrement. Ce sont les utilitaires 3,5-7,5T qui sont le mieux équipés en électrique (18,5% contre 6,9% pour les VUL et seulement 1,4% pour les poids lourds). « L’accélération est ralentie sur l’électrification des poids lourds, elle est liée au retard dans la publication des dispositifs d’aide » a estimé la Csiam.

Hydrogène : la prudence des constructeurs

Les adhérents de la Csiam ont précisé que l’hydrogène était une solution à la décarbonation : « il ne s’agit pas pour l’instant d’une réalité en terme d’immatriculations. Il devrait rester une niche pour le poids lourd » a déclaré Benoit Tanguy. « On ne voit pas de réalité de marché pour l’instant, les clients regardent beaucoup le TCO. L’hydrogène, nous ne l’isolons pas, notre ligne de mire reste sur l’électrique. »

Une nouvelle forme d’aides en 2025

La Csiam est revenu sur les aides possibles pour acquérir des poids lourds zéro émission. Elle a abordé le nouveau dispositif de fiche Certificat d’économies d’énergie CEE (aides simplifiées sous forme de guichet ouvert avec une visibilité pluriannuelle »), dispositif qui sera le seul en 2025. La fiche CEE est créée pour 5 ans et permet d’établir une bonification en fonction du type de véhicule. Un coefficient multiplicateur par 3, 4 ou 5 est appliqué aux camions, et aboutira à une aide allant jusqu’à 53 000 euros.

Il s’agit d’aides privées et non plus d’aides publiques. « Il n’y a pas de mise en concurrence. Le transporteur est sûr d’avoir une aide. Et c’est un mécanisme stable » a déclaré l’un des adhérents constructeurs. « Il est temps que tous les énergéticiens investissent dans les infrastructures électriques » a tenu à ajouter Jean-Yves Kerbrat, directeur général de MAN France.