SANS DÉTOUR

Tribune de Jean-Philippe Pastre : les salons, authentiques places de marché

Un salon sert autant à voir qu’à être vu. La critique récurrente concerne le coût humain et financier des salons. Mais certains constructeurs, à l’image de Ford, Scania France ou Renault Trucks sur Solutrans, saisissent cette opportunité pour passer plusieurs messages, associant au côté relationnel et commercial un rôle fondamental de valorisation de l’image (que ce soit celle de l’employeur ou celle des produits). Les carrossiers ne sont pas en reste si l’on regarde les stands de Kässbohrer, Lamberet, The Reefer Group, le groupe Louault avec ses différentes marques (ASCA, Remorques Louault, Socari) ou les distributeurs indépendants comme Delta Trailers.

Ces authentiques places de marché sont paradoxalement l’incarnation du mantra européen rêvant d’une « concurrence libre et non faussée » (sic). Faut-il les condamner alors que la source des maux qui handicapent nos constructeurs et carrossiers industriels se trouve dans une fiscalité et des règlementations environnementales asphyxiantes ?

Le précédent de l’automobile est intéressant à étudier. Au cours de la décennie 2010, les principaux constructeurs ont boycotté les salons, tuant de fait des rendez-vous mythiques comme le Salon de Genève, ou affaiblissant dramatiquement d’autres (l’IAA ou le Mondial de l’Automobile). Ils laissèrent ainsi au tournant de 2020 la place libre aux marques chinoises.

Paradoxalement, des événements que d’aucuns jugeaient avec mépris comme « salons de vente », ont connu le succès. Il suffit de voir l’engouement autour du salon de Bruxelles, ou l’affluence au salon de l’Automobile de Lyon. Ce dernier constitue un « cas d’école » qui pourrait faire taire les critiques invoquant l’envolée des coûts des stands.

Si les constructeurs européens, les organisateurs et propriétaires de salons se mettent d’accord, il y a encore un bel avenir pour ceux-ci. Les succès précités témoignent d’un intérêt réel de la part des visiteurs, qu’ils soient particuliers ou professionnels. Ce serait dommage de rendre ces contacts virtuels et de faire la place libre à une batterie de nouveaux entrants survoltés et affamés de parts de marché.