Camions PEM

Découverte TRM24 : nous avons conduit le camion de l’année 2025

Les progrès des camions électriques à batteries se font à la vitesse de déplacement des électrons ! Preuve en est la découverte des nouveaux Scania 45R et 40S volant en main. La gamme régionale « haute » de Scania innove par sa chaîne cinématique et donne une nouvelle dimension au plaisir de rouler électrique.

En descendant des cabines des nouveaux Scania 45R et 40S et après avoir parcouru 181 km en Norvège, on se dit que les véhicules électriques progressent à un rythme accéléré. De quoi déjà donner un « coup de vieux » aux derniers modèles commercialisés. Si le silence demeure impressionnant, ce n’est pas là que réside l’effet de surprise. Le changement est-il dans les accumulateurs d’énergie ? Que nenni : on retrouve classiquement des batteries lithium-ion NMC (ici d’une capacité maximale de 624kWh en théorique, soit 468kWh disponibles dans le SoC). Du fait de celles-ci, il n’y a aucun miracle non plus sur le sujet des masses : le tracteur Scania 40S, avec sa cabine haute, a une tare de 11 250kg et le porteur Scania 45R 6×2*4 est à 13 389kg. Alors, pourquoi cet enthousiasme ?

Dans les faits, le parcours vallonné ou sinueux effectué en Norvège a mis en valeur les impressionnantes valeurs de couple de l’ensemble Scania 40S (2800Nm en crête et 400kW ou 540ch de puissance). Nous avons été, logiquement, encore plus impressionnés par le Scania 45R porteur-remorquant en solo à 27t de PTAC bénéficiant de 3500Nm (450kW de puissance, soit 610ch). C’est bluffant lors des relances et des phases de démarrage[1]. Ces valeurs en font un porteur-remorquant très pertinent d’autant que cette configuration permet de maximiser la charge utile sans arriver aux limites des charges aux essieux. Les changements de rapports sont imperceptibles dans la quasi-totalité des situations et l’on éprouve alors la très grisante sensation d’une poussée continue. Un « je-ne-sais-quoi » de ferroviaire qui a de quoi vous faire aimer les camions électriques ! L’expression familière « faire péter les watts » prend tout son sens au point qu’on aimerait bien les tester sur notre parcours rituel en Nord-Dauphiné pour vérifier cela avec nos points de repères habituels.

Qu’est-ce qui révolutionne les sensations ?

Lors des précédents tracteurs routiers électriques découverts ou pris en mains par trm24.fr (voir https://www.trm24.fr/pem-trm24-nous-avons-conduit-le-camion-de-lannee-2024/), nous avions clairement perçu, à l’oreille ou via le siège, les changements de rapports avec la brève rupture de couple associée. Cela se ressentait aussi bien lors des phases d’accélération que lors des ralentissements. Scania aurait pu, comme le binôme Renault Trucks/Volvo Trucks, reprendre purement et simplement sa boîte robotisée maison associée à une machine tournante électrique. Une architecture classique moteur, boîte, pont telle qu’on la connaît depuis les débuts des véhicules industriels. Mais Scania a opté pour une chaîne de traction spécifique. Pas de moteur dans le pont (ou eAxle) ; toute la singularité est dans la boîte. Il y a pourtant bel et bien standardisation, preuve en est l’usage d’un pont classique Scania sur le porteur ainsi que sur le tracteur ! Sous le nom barbare EM C3-6, on trouve donc une chaîne de traction associant solidairement machines tournantes et boîte de vitesses. Les Scania 40 et 45 partagent donc un ensemble à 3 électromoteurs synchrones à aimant permanent et boîte à 6 rapports. Aucun embrayage à bord, les changements de rapports se font via synchronisation des moteurs électriques. Pour assurer les passages sans rupture de couple, l’astuce réside dans l’utilisation de trains épicycloïdaux. Ces deux trains planétaires sont associés chacun à un moteur électrique avant d’entraîner l’arbre principal sur lequel viennent s’engrener les arbres portant les baladeurs (au nombre de 4). On bénéficie d’une grande ouverture de boîte avec une démultiplication de 1/4.17 sur le 1er rapport jusqu’à une surmultiplication de 1/0.72 en 6ème . La 5ème est en prise directe. La marche arrière est assurée par l’inversion du sens de marche de l’un des moteurs électriques, ce qui dispense du montage de l’inverseur mécanique traditionnel. Cette transmission autorise le montage d’une prise de mouvement mécanique (EG15R de 260kW de puissance) exploitant les machines tournantes principales en plus d’une ePTO électrique de 60kW également optionnelle.

Le principe de modularité cher à Scania demeure : si la machine tournante principale est celle des camions urbains à cabines L et P connus depuis 2021 (moteur GE21) les deux machines tournantes additionnelles M70 et M33 sont issues des camions Scania hybrides PHEV (voir https://www.trm24.fr/la-prise-en-main-du-scania-p280-6x24nb/ )

Pas de miracle avec les électriques à batteries, le point faible est l’autonomie annoncée à 350km environ pour un usage à 40t de PTRA. Ce qui en limite l’usage à du régional. Mais Scania en est parfaitement conscient et considère ses R et S 40 et 45  comme tels dans ses documents techniques. Ils sont proposés en tracteurs  à silhouettes 4×2 ou porteurs 6×2*4. Ces modèles sont disponibles à partir de ce mois de juin 2024. En novembre 2024, les modèles à vocation chantier ou distribution dotés de la chaîne cinématique EM C1-4 feront leur apparition. Autre point de vigilance : les empattements : sur les tracteurs la valeur est de 4150mm !  Attention donc aux critères de maniabilité et/ou au choix des semi-remorques qui y seront associées.

Cette découverte des Scania 40R et 40S et le saut qualitatif qu’ils apportent en terme de prestations dynamiques accréditent une de nos hypothèses : l’obsolescence des véhicules électriques va davantage venir de l’architecture des véhicules ou des progrès logiciels plutôt que par le vieillissement électrochimique des accumulateurs. Exactement comme pour les « produits bruns » électroniques grand public (téléphones, photo, ordinateurs).

[1] Bizarrement, si les tracteurs de série 40 étaient à 40 t de PTR, les 45 étaient chargés à seulement 36 t lors de cette présentation. Les porteurs étaient tous au PTAC maximal autorisé avec le bonus charge utile.

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