EDITO HERVE REBILLON

EDITO de Hervé Rébillon : la logistique ne s’arrête pas à nos frontières

Il est temps d’ouvrir les yeux : la France est, qu’on le veuille ou non, une artère vitale du transport européen. Située au carrefour des échanges continentaux, elle voit transiter chaque jour des milliers de tonnes de marchandises entre le nord, le sud, l’est et l’ouest de l’Europe. Dans ce contexte, refuser d’adapter notre réseau routier à l’évolution des besoins logistiques serait un contresens économique et écologique.

Faut-il alors accepter la circulation de camions plus longs sur nos routes ? Oui, sans hésitation. Ces « gigaliners », longs de 25 mètres et ces 44 tonnes, ne doivent pas être vus comme une menace pour nos infrastructures ou pour la sécurité, mais comme une solution pragmatique à plusieurs défis majeurs. D’abord, ils permettent de transporter plus de marchandises avec moins de véhicules. Moins de trajets, donc moins de CO₂, moins de congestion, et un impact environnemental moindre à l’échelle du continent.

Les réticences sont compréhensibles. Personne n’a envie de croiser un mastodonte sur une départementale étroite ou dans une zone urbaine mal adaptée. Mais ces camions de nouvelle génération ne sont pas destinés à s’aventurer partout. Leur usage doit être encadré, limité aux grands axes, aux autoroutes, et aux zones logistiques conçues pour les accueillir. Comme le préconise l’Otre pour les 44 tonnes : un encadrement strict de son usage en transfrontalier. Concrètement, cela signifie autoriser le franchissement de frontières entre deux pays voisins, à condition que chacun autorise déjà le 44 tonnes sur son propre territoire, sans s’engager sur de la longue distance.

Surtout, il ne s’agit pas d’ouvrir une brèche dans la défense du rail ou du fret fluvial. Mais de reconnaître que la route, encore aujourd’hui, assure plus de 85 % du transport de marchandises en France. Et que ce mode ne peut être ignoré si l’on veut rester compétitifs à l’échelle européenne, tout en réduisant notre empreinte carbone.

La France peut-elle sérieusement prétendre vouloir une Europe forte, interconnectée, fluide tout en refusant de moderniser ses infrastructures logistiques ? L’Allemagne, les Pays-Bas, la Suède, entre autres, ont déjà franchi le pas. À nous de suivre, avec discernement mais sans frilosité.