Dans le contexte géopolitique qui a cours depuis le 1er mars 2026, la position de l’UFIP Énergies et Mobilités était très attendue. Olivier Gantois, son président, a fait le point hier sur ce sujet, et sur les carburants liquides en France lors de la conférence annuelle de l’UFIPEM.
La France dépendante
Olivier Gantois, président de l’UFIP Énergies et Mobilités, a fait le point à mi-mars 2026 de la situation des carburants liquides en France, tant pour l’année 2025 que pour l’actualité récente depuis les hostilités au Moyen-Orient. Il commence sa conférence en notant que « cette année est particulièrement chahutée ». La France est exposée aux aléas des cours mondiaux du pétrole puisque, selon Olivier Gantois, la France en dépend pour ses 9/10ème de sa consommation de carburants liquides. Seul 1/10ème étant issu de biomasse. « En juin 2025, une première offensive fut sans conséquences sur les marchés pétroliers car elle a cessé avant qu’il y ait des craintes d’approvisionnements sur les marchés. »
Lors de la conférence, le matin même [19 mars 2026] le baril de brut avait dépassé les 115$/baril. « En une semaine, le gazole a pris 5 centimes de hausse » explique-t-il. Malgré un rééquilibrage de la consommation en faveur des essences, « la France continue d’importer 50% de son gazole, on importe bien davantage que d’autres pays européens (…) le fait d’importer le produit fini représente un surcoût ».
Si la France dépend à hauteur de 10% de ses approvisionnements aux pays du Moyen-Orient pour l’essence et autre produits pétroliers (bitumes, huiles de base), cette dépendance s’élève à 25% de cette région pour les gazoles et carburéacteurs (Jet-A1). Olivier Gantois confirme que l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a autorisé les pays disposant de stocks stratégiques à les utiliser (400 millions de barils cumulés, dont 14 pour la France). « C’est une situation que l’UFIPEM suit de très, très près ». Conclut Olivier Gantois. Cela pose la question de la transition énergétique qu’il faut bien financer : « le dispositif des Certificats d’économies d’énergie est absolument nécéssaire si l’on veut financer l’amélioration énergétique, même s’il est coûteux pour le client final ». Avec la 6ème période CEE qui vient de s’ouvrir début 2026, le coût de ceux-ci est estimé à 15,79 centimes par litre distribué.
Des objectifs de décarbonation critiqués
Olivier Gantois a aussitôt enchaîné sur le sujet de la décarbonation. La PPE3 adoptée par décret le 12 février 2026 fixe comme objectif une baisse de -58% de consommation de produits pétroliers à usage énergétique entre 2023 et 2035. Cela correspond à -5% annuels, or la tendance observée (y compris pour l’année 2025) est à -1%. Il enfonce le clou « l’objectif du zéro pétrole que seule la France revendique pour 2045 est complètement illusoire. On voit bien que chaque année qui passe nous met en retard par rapport aux objectifs ». Peut-être faut-il voir là l’explication de l’obstination « tout électrique » qui s’est emparée ces derniers mois des ministères ou administrations comme la DGEC et la DGE.
Sur ce sujet de souveraineté, l’UFIPEM déplore l’attitude de l’administration française qui contrevient dans les Landes à la loi Hulot autorisant l’exploitation des gisements actifs jusqu’en 2040 : « on a une richesse nationale sous les pieds, pourquoi l’État déciderait-il de s’asseoir sur cette ressource ?» Il en est de même du secteur du raffinage qui est une industrie énergo-intensive. Pour le moment la France dispose de raffineries (57 millions de tonnes de capacités en 2025), mais le départ de Esso Exxon Mobil en 2024 n’est pas un bon signe. Heureusement, Fos-sur-Mer et Notre Dame de Gravenchon ont trouvé des repreneurs (Rhône Énergies pour l’une, North Atlantic pour l’autre), ce qui préserve également l’emploi (l’UFIPEM représente 33 730 salariés directs pour le raffinage distribution). La distribution suit d’ailleurs le déclin des volumes avec une chute de -1% du nombre de stations, les grandes surfaces pesant toujours plus lourd en part de marché.
Le raffinage sous pression
Parmi les bizarreries réglementaires, la pétrochimie a droit aux subsides et financements mais pas le raffinage. Olivier Gantois rappelle qu’il y a pourtant des enjeux : les investissements dans le co-traitement, l’amélioration des procédés pour réduire la consommation énergétique, la capture et captage du CO2 à la source, l’impératif de faire face à la réduction plus rapide des allocations de quotas CO2 de la période IV d’ETS-1, etc.
Le secteur investit d’ailleurs dans les biocarburants : avec Grandpuits (TotalEnergies) convertie en bioraffinerie. La Mède (TotalEnergies) devrait démarrer avant fin mars une nouvelle unité permettant de faire du biokérosène. Les raffineries nationales font face à une compétition internationale, tant européenne qu’internationale (USA, Inde). Il en est de même sur les biocarburants puisque Neste annonce doubler sa capacité à Rotterdam (pays-Bas) d’ici à 2027 avec 1.5 million de tonnes par an de SAF (Jet A1 biosourcé) tandis qu’en Italie, enilive™ démarre une unité de 500 000t/annuelles de HVO à Livorno (Toscane, Italie) et a planifié pour 2028 une raffinerie traitant 550 000t/an de matières premières biogéniques à Sannazzaro de Burgondi (Lombardie, Italie).
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