La transition énergétique avance à marche forcée, portée par l’électrification des usages et la promesse d’une économie décarbonée. Mais derrière cette ambition verte se cache une réalité bien plus grise : la dépendance massive de l’Europe aux métaux critiques. Lithium, nickel, cobalt, cuivre, terres rares… en quelques années, la demande mondiale pour ces ressources a été multipliée par plus de trente. Or l’Europe n’en produit quasiment pas.
Cette vulnérabilité, longtemps ignorée, a éclaté au grand jour lors de la crise du Covid. L’arrêt brutal de certaines chaînes d’approvisionnement, fortement dépendantes de la Chine, a montré combien une économie avancée pouvait être paralysée par le manque de matières premières stratégiques. Depuis, Bruxelles tente de corriger le tir : diversification des partenaires, accords avec le Japon, l’Australie ou le Canada, et désormais discussions avec les États-Unis.
Car sans métaux rares, il n’y a ni batteries, ni moteurs électriques, ni piles à combustibles. Pas de voitures ou de camions propres, pas de transition. La Chine l’a bien compris : elle concentre une grande partie des réserves mondiales de terres rares et détient surtout un quasi-monopole sur leur raffinage. En multipliant les restrictions à l’exportation, Pékin rappelle que la transition énergétique est aussi une arme géopolitique.
L’Europe se retrouve ainsi prise en étau. D’un côté, une Chine qui verrouille ses ressources. De l’autre, des États-Unis qui sécurisent leurs approvisionnements par une stratégie d’accords bilatéraux tous azimuts. Les discussions engagées récemment à Washington témoignent d’une prise de conscience tardive mais nécessaire : l’autonomie stratégique européenne passe aussi par les sous-sols … et par la diplomatie.
Ce dilemme sera au cœur des débats des prochaines Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, dans un contexte international toujours plus fragmenté. Comme l’a justement rappelé l’économiste Valérie Mignon, l’Union européenne doit désormais trancher : accepter des coûts immédiats pour sécuriser ses approvisionnements, ou en payer le prix plus tard, au risque de pénuries qui freineraient durablement sa transition énergétique.
L’électrification n’est pas qu’un défi technologique ou climatique. C’est un choix stratégique voulu et imposé par les Etats. Et l’Europe ne pourra pas longtemps rester spectatrice dans la bataille mondiale des métaux rares.






