Qui dit transition dit passage, bascule, remplacement. Or, à force de l’exprimer, la transition énergétique semble avant tout s’éterniser. Depuis le premier choc pétrolier des années 1970, elle est invoquée comme une promesse d’avenir, un mouvement inéluctable vers un nouveau modèle écologique. Cinquante ans plus tard, force est de constater que la route est longue et que la destination est encore floue.
La définition même de la transition énergétique a changé au fil du temps. D’abord pensée comme une réponse aux enjeux de sécurité d’approvisionnement, elle s’est progressivement transformée en un impératif climatique, centrée sur la décarbonation. Mais une transition suppose que certaines énergies disparaissent au profit d’autres. Or, dans les faits, le diesel, symbole de l’ancien monde, domine encore largement, notamment la mobilité lourde.
Certains historiens, à l’image de Jean-Baptiste Fressoz, vont plus loin et questionnent le récit lui-même. Depuis quatre décennies, la transition énergétique aurait surtout servi de discours rassurant, porté par le technosolutionnisme, sans jamais entraîner une baisse réelle de la consommation d’énergies fossiles. Pire encore, les nouvelles énergies ne remplacent pas les anciennes : elles s’y ajoutent.
Du point de vue industriel, pourtant, la transition est bien réelle. Les constructeurs ont engagé des transformations profondes : nouveaux châssis pour les véhicules électriques, refonte des processus de production, création de lignes dédiées aux nouvelles énergies. Ces mutations se font à marche forcée, au prix d’investissements colossaux. Pour eux, il y a indéniablement un avant et un après.
Mais du côté des utilisateurs, le tableau est bien différent. Les transporteurs peinent à tourner la page du diesel. Pour eux, la transition énergétique a un coût immédiat, concret, souvent impossible. Là où les constructeurs ont pu anticiper et investir, les entreprises de transport font face à une équation économique irréelle. Faute de moyens, elles ne vivent pas une transition, mais une injonction.
Alors oui, certains diront que la transition énergétique est en marche. Mais peut-être faudrait-il changer de vocabulaire et même de conjugaison. Car ce qui se joue aujourd’hui ressemble moins à une transition qu’à une évolution lente et incomplète.
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Oui c’est frustrant ce « stop and go » fiscal et réglementaire, français et européen. Il faut abattre tous les obstacles et libérer toutes les énergies plus rapidement de manière efficace et économique.