Solutions embarquées

Focus : les caméras font de nouveaux adeptes

Renault Trucks annonce la commercialisation en série des caméras de rétrovision sur ses gammes routières T et T High. Il suit un mouvement entamé déjà depuis plusieurs années par MAN Neoplan sur les autocars, puis sur les camions Mercedes-Benz, DAF, Volvo et consorts. Cet équipement va au-delà de l’effet de mode, voici pourquoi.

Renault Trucks, après avoir commercialisé en option (à partir de septembre 2024) les caméras de rétrovision, vient d’annoncer les passer en série sur ses gammes hautes T et T High. Pourquoi une telle générosité ? Parce qu’elle permet aux constructeurs de réduire la surface frontale de leurs véhicules et donc, d’améliorer la pénétration dans l’air ce qui compte positivement dans les calculatrices VECTO.

Selon le communiqué de Renault Trucks, le gain en consommation énergétique serait de -1.3% grâce à cette seule action ! Pour limiter les pénalités CO2, les constructeurs doivent donc compléter l’équipement de base de leurs camions.

La marque suit une tendance initiée depuis plusieurs années par Mercedes-Benz (sur les Actros), DAF (sur ses nouvelles générations XD, XF, XG), MAN (initialement sur les autocars Neoplan) et les constructeurs d’autocars Setra ou d’autobus Solaris Bus puis Iveco Bus. La tendance est donc générale et tous les constructeurs y viennent, y compris Iveco sur les S-Way génération 2024.

Au sein du groupe, Renault Trucks suit Volvo Trucks qui avait anticipé ce montage dès 2023. Les équipements, et leurs fonctionnalités, sont identiques entre les deux marques. Si les autocars Neoplan adoptèrent très tôt ce dispositif, c’est aussi, pour améliorer le champ de vision du conducteur et atténuer (de façon spectaculaire) un des vrais points noirs du Neoplan Skyliner. Sur le Renault T, il y a effectivement une amélioration de la vision directe à l’arrivée aux ronds-points mais le sujet est infiniment moins critique qu’il ne l’était sur l’autocar précité.

Du côté des équipementiers, tout était prêt depuis longtemps chez Vision System (groupe Gauzy), puis il fut suivi par le néerlandais Orlaco (groupe Stoneridge), avant que l’on découvre les développements du spécialiste Mekra Lang. Les constructeurs ont donc le choix de leurs fournisseurs, ce qui est un point important pour le déploiement de nouvelles technologies.

On voit ici le gain en vision directe créé par la suppression des miroirs conventionnels.

Un progrès à double tranchant

Une prise en mains associant conduite de jour et de nuit du dernier Renault Trucks T équipé de ces caméras, rassure sur un point : on se fait très vite à celles-ci. Mais une désorientation peut se faire au début car le conducteur perd les repères en largeur hors tout. Les crosses portant les optiques se situent pourtant, à peu de choses près à la même cote que les coques des miroirs traditionnels. Mercedes-Benz fit ainsi évoluer celles-ci pour réduire leur encombrement hors-tout. Pour les protéger, et réduire les risques de casse, les mâts sont rabattables (fonctionnalité précieuse dans les ferries).

A terme, les constructeurs vont aussi faire de grands gains car il n’y aura plus besoin de renforcer les structures de portes ou d’encadrements de pare-brise car les mâts des autocars sont placés très en avant et doivent supporter de fortes contraintes du fait de ce porte-à-faux. Les responsables de parc dans les entreprises de transport devraient donc également s’estimer bénéficiaires de la généralisation de ces rétrocaméras. Reste que la perte de l’échange visuel entre le conducteur et l’environnement (particulièrement les usagers des deux roues) peut accroître le danger. Comment le cycliste ou le motard peut savoir si le conducteur a regardé son rétroviseur ? 

Qu’est-ce que cela change pour le conducteur ?

Outre l’appréhension sur la perception du gabarit, l’autre perturbation peut provenir de l’accommodation. Dans les faits, notre roulage révèle que la vision côté droit se fait très instinctivement. Mais, c’est vrai que côté conducteur, on a un peu l’impression d’avoir l’écran « sous le nez ». Perception très subjective mais qui accentue un décalage entre côté gauche et droit. Ces systèmes offrent cependant un avantage très net lors du passage en trémies ou tunnels : la sensibilité de la cellule permet de préserver la vision et les contrastes lors de ces changements brutaux d’intensité de lumière. L’adaptation « entre chien et loup » s’est révélée très bonne sur le modèle de la prise en mains. La sensibilité des capteurs aux fréquences des LED des feux de jour des automobiles agace le regard. Les moniteurs, pour être plaisant, doivent offrir une excellente résolution. Il y a ici quelques disparités entre marques. Mais pour le modèle testé ce soir-là, le résultat fut très bon. Comme il l’est avec les écrans utilisés par l’équipementier Vision Systems.

Petite trouvaille, certains constructeurs (le pionnier fut Mercedes-Benz) intègrent des repères pour la longueur et le porte-à-faux de leur véhicule. Sur le Renault, on peut procéder avant le départ au réglage des lignes ce qui simplifie ensuite la vie sur autoroutes pour faciliter le rabattement après un dépassement. Premier bon point.

Surprise on retrouve en contreporte les commande de réglage des rétroviseurs. Elles ont un rôle à jouer même avec les caméras.

Tranquillité d’esprit et confort accru

Le second bénéfice pour le conducteur est vraiment appréciable, et apparaît lors de la pause ou coupure : on peut, par simple action sur un bouton, activer les rétrocaméras pour surveiller l’environnement, sans avoir à ouvrir les rideaux. Discrétion assurée. Si l’environnement est particulièrement sombre (nuit sans lune par exemple), un illuminateur infrarouge est intégré au mât, ce qui permet de surveiller tout mouvement autour du camion.

En prime, on peut choisir l’angle de focale via les commandes traditionnelles de réglage de rétroviseurs sur la contreporte. Certains constructeurs proposant une adaptation automatique en fonction de la vitesse ou de l’angle donné au volant. Reste l’ultime argument : le confort car cela supprime radicalement toute source de bruit aérodynamique tout en limitant les perturbations dues à la pluie ou la neige, la rétrovision par caméra étant moins affectée que les miroirs traditionnels par ces phénomènes.

Au final, un bilan positif, même s’il faudra peut-être, suivant les individus, un temps d’adaptation plus ou moins long.